lundi 15 juillet 2013

Des Galápagos aux Gambier


Par : Armelle.


 

Cap vers nos rêves

Après ces trois semaines de repos … Nous partons pour les îles de la Polynésie, cap un peu plus sud que prévu car nous voulons tenter l’île de Pâques. Nous nous retrouvons vite au près - bon plein mais l’équipage est en pleine forme et le moral au plus haut. Chacun retrouve son petit coin bien calé dans le bateau, quand la Coccinelle à la gîte tangue dans tous les sens, et que chacun reprend ses activités privilégiées. Pour les filles ce sera le plein de dessins animés, pour nous de lecture et de siestes. Nous nous régalons de notre pêche et des fruits et légumes qu’il faut malheureusement vite manger avant qu’ils ne se gâtent. Bref c’est une traversée comme les autres où le temps s’allonge et les journées se ressemblent. Cependant quelques signes indicateurs annoncent un changement : désormais le Soleil fait ses courses au nord, la Lune n’est plus menteuse, les Ourses ne viennent plus visiter le ciel la nuit et quand le Vent vient de Sud ça caille !… car nous sommes désormais dans l’hémisphère sud !

 


 

La pêche du Capitaine à côté d’une tentative infructueuse de bananes séchées

 
Changement de cap

Au cours de la deuxième semaine le vent adonne, la Coccinelle se redresse et l’équipage totalement amariné peut s’employer à des activités un peu plus dynamiques. Désormais plus d’excuses pour échapper aux diverses corvées délaissées depuis notre départ. Malheureusement le temps est toujours aussi couvert ce qui limite fortement nos sorties dans le cockpit.

Le vent se renforce à mesure que nous approchons de l’île de Pâques. Inquiet le capitaine étudie la météo et les possibilités d’abris qu’offre l’île. Mais après trois jours de tergiversations il faut se rendre à l’évidence, les conditions ne pouvaient pas être pires que celles annoncées : un fort vent de secteur nord doublé d’une forte houle de sud ouest. Nous décidons alors de changer de cap à seulement 170 milles de l’arrivée. Les filles répondent à la nouvelle avec une moue et retournent aussitôt à leur jeu comme si on leur avait simplement annoncé qu’il n’y avait plus de dessert pour aujourd’hui. Pour nous c’est la déconfiture totale, quelques heures auparavant nous nous réjouissions de cette escale, rêvant de fruits frais et de vin chilien et surtout d’une bonne nuit au mouillage devant les célèbres moais, et nous voilà maintenant à plus de 12 jours de navigation de l’île la plus proche, avec le moral au fond des bottes. Et pour bien enfoncer le clou une dépression vient nous chatouiller les haubans nous contraignant à passer trente heures à la cape.

 
Atelier fabrication de lunettes rigolotes, faut bien occuper nos petits matelots !

Le temps d’une sieste pour les parents et le carré devient un vrai cafarnaum

 
Traditionnelle bouteille à la mer avec dessins des filles et message du Capitaine. Les pronostics de chacun quant à sa destination finale sont annoncés, pour les filles c’est Dady et Nany qui la trouveront sur la plage de l’île d’Aix.

 
Relâche à Pitcairn

Heureusement nous aurons ensuite quelques jours de calme pour reprendre un peu du poil de la bête et retrouver la motivation pour tenter cette fois une relâche devant la célèbre île de Pitcairn. Et comme tout bon marin qui n’est satisfait que lorsqu’il y a du bon vent et dans le bon sens (à savoir jamais) nous pesterons vite sur cette pétole qui s’éternise et risque de nous faire manquer la fenêtre météo pour y faire escale. « Ça non ! » S’écrie le capitaine. « Une fois mais pas deux ! » Le réservoir de gazole est presque vide. Et celui-ci pris d’un coup de sang un matin monte le moteur hors-bord au cul du bateau afin de déhaler quelques heures la Coccinelle en quête d’une faible brise, que nous finirons par trouver et qui finalement nous mènera sous spi jusqu’aux abords des îles d’Henderson puis de Pitcairn, nous réconciliant par la même avec le Pacifique.

Nous jetons l’ancre dans la baie de la Bounty, « La classe non ? », après 27 jours de mer. Nous n’avons pas vu un seul bateau depuis plus de 20 jours et n’avons rien mangé de frais depuis plus de 10 jours.

Seulement deux jours d’escale nous seront permis par Eole dans ce lieu mythique qui malgré les conditions idylliques n’offre qu’un mouillage houleux et un débarquement scabreux. Et encore nous sommes chanceux, les habitants n’ont pas vu un seul bateau ce mois-ci à cause du mauvais temps (nous sommes le 29 juin). Pitcairn se mérite mais nous le savions et nous sommes plus que motivés.

Nous repartirons encore plus fatigués qu’en arrivant mais nos têtes pleines d’images, enrichies de belles rencontres et avouons le, fiers d’être venus jusqu’ici, juste pour faire un brin de causette avec les descendants des célèbres mutins de la Bounty. (cf. post sur Pitcairn)

 

Pétole

 

Première leçon de barre pour Camille au passage de l’île d’Henderson

 
Cap vers la Polynésie française

Cette fois c’est la dernière ligne droite, l’archipel des Gambier n’est qu’à 290 milles de celui de Pitcairn, une bagatelle pour nous qui sommes en mer depuis un mois. La météo s’annonce excellente et nous filerons bon train pendant trois jours, arrivant au petit matin du 3 juillet pour embouquer la passe à travers l’archipel des Gambier. Dès l’approche de l’île de Mangaréva, nous scrutons aux jumelles les bateaux du mouillage, en quête d’un petit ketch bleu, ami de notre Coccinelle et dont nous n’avons plus de nouvelles depuis deux mois, depuis que nous avons quitté les Perlas. « Tiens ! Il y a bien un bateau qui correspond au signalement. » Patience, nous nous rapprochons … « Oui c’est eux, c’est sûr ! ».  Et nous levons les bras répondant à leurs gestes. Nous jetons notre ancre devant le village de Rikitéa à quelques brasses de nos amis.

Nous apprendrons vite qu’ils ont passé 50 jours en mer depuis les Perlas et ne sont arrivés que depuis trois jours !

Lever de soleil

Les Galápagos, ou les îles qui ont changé le monde…


Par Armelle.

 


C’est donc par un (mal) heureux hasard, le cardan de la cuisinière qui a rendu l’âme, que nous atterrissons devant Puerto Vilamil, sur l’île d’Isabella ; l’île la plus occidentale des Galápagos, mais aussi la plus grande.

Par chance les démarches administratives se feront assez rapidement. Après un entretien avec un agent peu accueillant (mais dont les services sont obligatoires), nous pourrons descendre à terre dès la fin de journée et laisser les filles gambader joyeusement sur la plage et se faire déjà des amis. Je m’explique sur le terme peu accueillant : en guise de discours de bienvenue, cet agent (n’oublions pas que c’est la première personne avec qui nous entrons en contact depuis 10 jours) nous expose la longue liste des sites interdits, et nous demande ensuite de nous acquitter des taxes d’entrée (conséquentes et obligatoires évidemment) pour les Galápagos, déclinant cette fois la minuscule liste des sites auxquels ces taxes nous donnent le droit d’accès. Il termine enfin par ces mots, texto :

-          « Et si vous n’êtes pas d’accord, ou si vous n’avez pas les moyens, vous pouvez toujours reprendre votre route vers la Polynésie. »

C’est vrai, les Marquises comme les Gambier ne sont qu’à 2.400 milles. Ou l’île de Pâques, plus proche, à 1.900 milles ; une paille… Le ton est donné et différera peu pendant tout notre séjour.

 


 
Mouillage d’Isabella

 

Suivons le guide !
 


Village de Puerto Villamil
 
Ici les animaux sont rois, jusqu’à interdire l’accès au parc pour enfants car les iguanes y ont élus leur zone de nidification.
 
Rassurez-vous l’amertume que nous a laissé ce désagréable prélude est vite effacée par notre émerveillement  devant une faune riche et peu farouche comblant largement, par leurs joyeuses rondes autour du dinghy, le mépris clairement affiché des autorités envers les voiliers.
Et puisque l’on cherche à nous immobiliser, et bien nous resterons dociles et nous nous cantonnerons dans notre mouillage.
Ainsi nous prîmes le temps d’observer ce que la nature veut bien nous faire partager, autour de notre Coccinelle :
-          En s’émerveillant dès notre arrivée de la pêche des pélicans qui par dizaines tournoient tout en plongeant autour d’un banc de poissons à quelques mètres du bateau ;
-          En regardant les iguanes serpenter dans l’eau puis se dresser sur leurs pattes pour venir se sécher au soleil en crachant par les nasaux des jets d’eau de mer ingurgités pendant leur plongée tout en conservant une immobilité parfaite du reste du corps et ce, pendant des heures ;
-          En admirant le surf d’une otarie sur la vague, déboulant sur la plage pour venir d’un pas titubant se vautrer sur les quelques transats de la plage déjà tous squattés par ses congénères ;
-          En observant le vol d’une frégate, tout en tentant de comprendre le répertoire des possibilités de manœuvres qu’offre sa longue queue en fourche ;
-          En écoutant piaffer les flamants roses qui broutent inlassablement et avec frénésie, le bec dans la vase.

 

Playa del Amor


L’iguane est resté dans cette position pendant 3 heures, Camille a tenu 30 secondes. Quant à cracher de l’eau de mer par le nez…


…Camille préfère mettre son masque pour aller plonger.

 
 


 
 

Nous nous sommes étonnés de tout ce petit monde qui semble en complète harmonie avec son environnement, et ne parait nullement gêné par notre intrusion. Un équilibre que l’on devine fragile mais qui semble pourtant immuable. On imagine aisément que ces îles devaient être semblables lorsque Darwin y séjourna, en 1835. Et quand alors il observa cette même flore, composée de roches volcaniques parsemée de mangrove et de cactus, ainsi que toute la faune, composée d’insectes, volatiles, reptiles et mammifères, si particulières et si bien adaptées, faisant germer dans son esprit les bases de sa théorie sur l’évolution des espèces.

 


 

 

 
 
 
 
Ce fut l’occasion pour les filles d’apprendre quelques lois fondamentales qui régissent la nature, ainsi :

-          A chaque flore correspond un écosystème et la chaîne alimentaire qui en découle.

-          La notion de prédateur et de proie, et les techniques que chaque espèce développe, pour sa survie par la persistance du plus apte.

 
La palme du camouflage revenant à ces iguanes marins, à la mine patibulaire, qui arborent un manteau façon roche volcanique, nappé de chiures d’oiseaux.
 



La palme de la chasse sous-marine revient aux fous à pattes bleues.


 

La palme de la chasse en voltige revient aux frégates.

 La palme de la séduction enfin, car n’oublions pas que la reproduction est également un élément indispensable à la survie d’une espèce, revient aux crabes rouges et aux fous à pattes bleus. Nous n’avons malheureusement pas pu observer la danse nuptiale des frégates, qui à cette occasion  gonflent leur gorge d’un rouge flamboyant.


 

Trois semaines durant, nous nous régalerons de ce spectacle célébrant la vie tout autour de nous. A chaque descente à terre, nous croiserons tortues, raies, pingouins ou otaries, chacun rivalisant de grâce par leur aisance sous l’eau ; nous faisant presque regretter d’avoir perdu nos branchies et nos doigts palmés. Bientôt nous ressentons les effets de récentes mutations, nécessaire à notre adaptation, et passons d’une variété d’homo sapiens à une autre. Ainsi nous quittons pour un temps et sans regret l’homo faber-consumerus pour intégrer notre nouvelle famille celle des homo balader-contemplatus. Si si cela existe, et c’est très répandu dans les îles polynésiennes. Une des caractéristiques physiques majeures étant l’apparition d’un poil dans la paume de la main. On pourrait penser que ce poil est un handicap ; la preuve que non puisqu’il persiste !
 

 

Au fait savez-vous ce qu’est devenue la coccinelle des Galapagos ?...
Elle a perdu ces pois noirs !

 
 

Baignade avec les otaries
 



Portrait de famille
 
« Dis papa on peut inviter une copine à bord ? »

 
En France on a parfois un panneau indiquant : « Attention traversée d’élans sur la chaussée »,

A Panama c’était : «  Attention traversée de … caïmans sur la chaussée »

Aux Galapagos c’est plutôt : « Attention traversée de tortues géantes sur la chaussée… soyez patients ! »

 

Une toute jeune tortue géante qui doit avoir entre 10 et 15 ans. Les plus vieilles ayant 200 ans et pesant plus de 200 kilos.

 

 
Le mur des lamentations érigé par des forçats d’un bagne qui fut installé dans les années 50 par les américains. La construction de ce mur ne servait qu’à occuper les prisonniers.

 

 En route pour fêter les 4 ans d’Apolline à bord de My Halong, née le même jour que la petite Rose (3 ans plus tôt).

 

« Pfff ! Pas envie de partir mais le règlement c’est le règlement. »

 

 
Coucher de soleil sur le mouillage d’Isabela

samedi 13 juillet 2013

De Panama aux Galapagos



Par : Armelle.

 

Nous quittons les Perlas, le 3 mai, un vendredi matin (après un faux départ la veille, voilà qui devrait rassurer les marins superstitieux), les cales pleines de vivres, les filets chargés de fruits et légumes, la carène toute propre, cap sur les iles de la Polynésie. Nos pensées se remplissent de noms exotiques comme Pitcairn, les Gambier, les Tuamotu, les Marquises. Il y a moins d’un an, nous en rêvions encore sur les quais de La Rochelle, aujourd’hui ces îles semblent si proches. Et c’est avec délectation que nous entrons leurs coordonnées dans le GPS, cérémoniellement comme un privilège auquel nous venons d’accéder, car désormais nous partageons quelque chose avec elles : un même océan.

 

Au louvoyage sur mer plate


 
 Nous savons que cette première traversée dans le Pacifique sera la plus difficile, les vents et courants contraires du golfe de Panama tenteront de nous retenir mais nous sommes gonflés à bloc, et prêts à louvoyer tant qu’il faudra pour se dégager. La route directe pour Pitcairn passe par les Galápagos, notre objectif est donc de rallier dans un premier temps ces îles. En effet les courants qui les bordent peuvent être si forts qu’avant l’avènement de la navigation électronique par satellite, certains navires les ont cherchées sans jamais les trouver.
Mais pour nous, avant d’y arriver, une étude de la carte des courants nous contraint dans un premier temps à faire route vers la côte ouest du golfe de Panama, avant de descendre plein sud jusqu’à laisser sur tribord Malpelo, un petit ilot perdu au milieu du Pacifique. Ensuite, il suffirait de s’engouffrer dans une veine de courant portant, pour jouir de son accélération jusqu’aux mythiques Galápagos. Ca parait simple non ? Evidemment ça ne s’est pas passé comme ca.
Si on s’en est pas mal sortis sur la première étape, au passage de Malpelo ce fut une autre histoire ; le tapis roulant était bien  au rendez vous, mais en sens inverse, et un vent de sud sud-ouest s’est peu à peu établit. Nous avons croisé Malpelo en long, en large et en travers, au sens propre du terme, et ce, pendant plus d’une journée, en tirant des bords plus que carrés. Et c’est à force de patience, de fins réglages du capitaine et d’un petit vent adonnant que nous nous sommes enfin libérés de cette emprise infernale, laissant sur notre traceur une route zébrée dont nous ne sommes que peu fiers, avec un record de faible distance de rapprochement parcourue en 24 heures, de 21 tout petits milles ! De quoi faire retomber le moral de tout l’équipage !

 

Changement de programme !

Entre temps, nous avons cassé le cardan de notre cuisinière (à savoir le système qui permet à la cuisinière de toujours rester à l’horizontale, même lorsque le bateau gîte, élément indispensable sur un monocoque).  A la suite de quoi plus aucune tergiversation n’était possible sur notre prochaine escale : nous nous arrêterions aux Galápagos, sur l’île d’Isabella. Et ce fut presqu’avec un soulagement que nous avons accueilli cette fatalité, car si nous avions décidé auparavant de ne pas aborder ces îles, c’était uniquement pour préserver notre caisse de bord. En effet les taxes sont excessivement chères pour les voiliers de passage. Nous offririons donc une réparation de luxe à notre cuisinière. Rassurez-vous, nous avons tout de même pu cuisiner car au près le petit temps qui nous a accompagné a permis au bateau de se caler à la gite, et nous avons tout simplement posé la cuisinière selon le bon angle. Bien sûr il en aurait été tout autre avec le roulis généré par les vents portants qui vont nous accompagner après les Galápagos.
Ainsi Apolline n’a même pas eu le temps de se rendre compte qu’un instant nous avons songé finir la traversée sans banana-pancakes, dont elle se régalait presqu’à tous les repas. Au total près d’une trentaine de pancakes ont eu raison d’un régime de banane qui a murit d’un seul coup (merci Java pour la recette !).


Apolline pétrie la pâte à pain et doudou-vache regarde.

 

Une traversée ponctuée de diverses rencontres

 
Curieusement, même si cette traversée fut techniquement difficile, elle n’en fut pas moins l’une des plus agréables, enrichie de plusieurs belles ou curieuses rencontres : au large de Malpelo, nous avons eu la chance de voir la fantastique procession de centaines de fous et dauphins, lancés à la poursuite d’un banc de thons, jaillissant hors de l’eau pour échapper en vain à leurs prédateurs. Nous avons fait la rencontre fortuite d’un couple de gros globicéphales noirs, et pu apercevoir le saut d’une raie Manta. Enfin, nous avons eu la visite à quatre reprises de pêcheurs équatoriens qui veillent de jour comme de nuit sur leurs lignes de pêche. Ces lignes sont tendues entre deux flotteurs marquées par des fanions noirs, les lignes courent directement à la surface et si elles sont difficiles à repérer de jour, la nuit, le petit flash light ne sert pas à grand-chose. Les premiers pêcheurs nous ont presque surpris, et nous ont renvoyés avec autorité (nous passions du mauvais côté de leur balisage). Nous nous sommes exécutés, déçus par cette première prise de contact, nous qui n’avions pas vu le moindre bonnet de marin depuis des jours. Heureusement les suivants seront un peu plus causants, certains nous demanderont de la nourriture, d’autres nous en proposeront (un gros poulpe bien dégoulinant tendu à bout de bras… « Non merci sans façon ! »), enfin les derniers nous délivreront presqu’en s’excusant d’un de leurs pièges, car il faut l’avouer ils ont fait de ces eaux un vrai champ de mine et malgré une veille renforcée il est difficile de passer à travers. Nous découvrirons plus tard que ces pêcheurs qui naviguent par bordée de deux ou trois sur des lanchas de 7.50 m, propulsées par un moteur hors bord de 75 CV, à plus de 400 milles des côtes équatoriennes, ont en fait un vaisseau mère qui les escorte et les ravitaille.

 


Les pêcheurs équatoriens à bord d’une lancha

 
Il y eut aussi cette rencontre improbable, au petit matin, avec un catamaran français, Kalolo, un Looping 55, en route pour la Nouvelle Calédonie, avec qui nous avons bavardé deux heures durant, pendant que crépitaient les appareils photos !

 
Dernière rencontre et pas des moindres, comme le veut la coutume lorsqu’un navire passe la ligne de l’Equateur, nous avons reçu la visite de Neptune qui, après un court discours de bienvenue (l’attention de nos petits matelots étant limitée), a remis à chacune des deux sirènes, un totem qui les accompagnera tout au long de leur voyage dans le Pacifique. L’étendue du répertoire de peluches du bord a permis de judicieuses attributions : Camille a reçu un hippocampe représentant ces désirs d’évasion et d’aventure, tandis qu’Apolline recevait un poisson-ange, symbolisant la bienveillance qu’elle a toujours à l’égard des autres.

 


Visite impromptue mais très attendue de Neptune à bord de Coccinelle peu après le passage de l’Equateur.

 

Une arrivée de nuit

 

 

Confection du pavillon équatorien

 

Au matin du 13 mai, nous apercevons les côtes de San Cristobal. Au cours de la journée nous longeons San Salvador et Santa Cruz, et ce n’est qu’à la nuit tombée que nous découvrons les côtes d’Isabella. Cette fois (mais ce sera la seule, promis !), nous transgresserons l’un de nos préceptes majeur, qui interdit de rentrer de nuit dans un mouillage inconnu. Un caprice que l’on a pu s’offrir grâce au capitaine qui a eu la riche idée de relever la trace AIS d’un cargo entré quelques heures auparavant sur l’écran de notre ordinateur de bord.  L’approche en est assez délicate, nous savons que la carte est fausse : cinq ans plus tôt, ici à Isabella, un catamaran s’est mis au sec en tentant de gagner ce mouillage bordé de récifs de toute part. Nous avons donc corroboré la route du cargo avec les traditionnels feux d’alignements. Je suis à la barre et Gilles est sur le pont à guetter les balises ; soudain j’entends un souffle et aperçois au clair de lune une paire de moustache sur tribord, je m’émerveille et quitte la barre un instant. Le Capitaine me reprend aussitôt car la manœuvre est délicate et loin d’être terminée. C’est donc à petite vitesse que nous ferons le dernier mille avant de venir poser notre pioche juste au cul du cargo, derrière lequel on devine déjà les brisants. Il est 3h du matin, les filles dorment toutes les deux dans le carré. Nous allons nous coucher en leur laissant un paquet de gâteau sur la table et un petit mot : « Ne pas réveiller papa et maman ». Je réalise alors la commodité de ce nouveau mode de communication avec les enfants, grâce au progrès de Camille avec le CNED… Malheureusement elle le lira haut et fort à sa sœur dès leur réveil !

 

 
Première corvée de l’escale : laver doudou-vache, qui sentait tellement mauvais qu’il a passé les deux derniers jours de la traversée consigné dehors suspendu aux filières.


lundi 20 mai 2013

De l'Atlantique au Pacifique : le Canal de Panama.



Par : Gilles. 
Intro par : Armelle 

Le Canal de Panama, c’est un passage obligé que j’ai vécu comme un rite initiatique, le capitaine étant déjà un initié. Un bon coup d’adrénaline au milieu de toutes ces gigantesques boites, une brusque accélération à travers le goulet de la mondialisation qui nous promet ensuite de longs surfs vers les lagons perdus du Pacifique. Une fois passé le canal puis le pont des Amériques, c’est le calme après la tempête, et l’impression d’être dans un nouveau monde sans que cela soit palpable. Nous goûtons et fêtons toutes les premières fois, un peu comme un nouvel an. Le premier plongeon du Pacifique !, la « première gorgée de bière », le « premier poulet du dimanche», le premier poisson, le premier coucher de soleil… 

Nous assouvissons nos derniers élans frénétiques de consommation devant l’angoisse de manquer de quelque-chose sur notre future île déserte. Nous ne rêvons plus mais projetons notre programme de voyage dans le Pacifique. 

C’est alors que nous réalisons également qu’il n’est désormais plus possible de faire demi-tour, que pour nous maintenant c’est sûr le voyage sera long et que la Polynésie nous éloignera de nos familles et amis, pendant un temps. C’est le revers de la médaille que nous ressentons déjà. Car au moment où notre Coccinelle découvrait l’océan Pacifique, Emilie devenait maman et ma grand-mère fêtait ses 100 ans ! 





Nous approchons de Colon, au milieu des navires en attente. 

Ca y est, le pas est sauté, il est derrière nous. Qui-ça donc ? Et bien, le Canal de Panama bien sûr, ça y est, il est dans le sillage. Une bonne chose de faite. 
Car les légendes sont tenaces, celles de voiliers qui auraient fait demi-tour dans les écluses, d’autres qui se seraient faits écraser entre deux remorqueurs, ou encore broyés par les hélices monstrueuses d’un cargo géant qui aurait oublié jusqu’à même votre présence. Car la différence d’échelle est indécente : près de 300 mètres de long et plus de 30 mètres de large pour les plus grands, à rapprocher des 11 x 4 mètres de notre petit voilier. Le show (dans lequel nous avons été tout autant acteurs que spectateurs) a commencé avant même d’avoir franchi les grandes jetées qui protègent le port de Colon Cristobal, la porte d’entrée, côté Atlantique, du prestigieux canal. Au fur et à mesure de notre approche, nous avons pu distinguer des dizaines et des dizaines de navires, au mouillage, à l’extérieur des jetées mais tout autant à l’intérieur, en attente de transiter vers l’Océan Pacifique. Arrivés à la tombée du jour, Coccinelle s’est donc frayé un passage au milieu de tous ces bateaux, beaucoup de porte containers, des vraquiers, chimiquiers, pétroliers, avant de venir poser son ancre sur le fond des Flats, la zone de mouillage réservée aux petits navires ; une notion toute relative puisqu’elle concerne certes les petits voiliers, mais aussi les gros yachts à moteur, les petits cargos, quelques remorqueurs. 

Passer le Canal de Panama, cela n’a rien d’anodin. Pour les voyageurs autour du monde, Panama marque le début d’un autre voyage, comme un nouveau départ : celui qui mène à l’Océan Pacifique. Nous aurions bien aimé pouvoir rester au mouillage des Flats, et éviter ainsi une trop coûteuse marina, mais devant l’impossibilité de débarquer à terre en sécurité, il a fallu se résoudre à venir amarrer Coccinelle dans la marina de Shelter Bay. Après les rues glauques de Colon, les épaves des navires échoués le long des berges, le trafic incessant de cet impressionnant port de commerce (le plus actif de toute l’Amérique Latine !), la marina ne pouvait qu’être à la hauteur : piscine pour se rafraîchir lors des heures les plus chaudes du jour (Apolline et Camille y ont passé des heures et des heures, Camille y a même appris, sur les conseils d’une petite copine, à nager la tête sous l’eau, et toucher le fond de la piscine), salles de bains privatives, services aux petits oignons, bon réseau WiFi, avec bien sûr une tarification à la hauteur. Car Shelter Bay Marina n’a pas de concurrence à Panama, le Panama Canal Yacht Club d’antan, là où il y a 18 ans, j’avais amarré Orca, a été détruit il y a quelques années, il ne sera pas reconstruit. Ici à Shelter Bay Marina, sus aux petits bateaux : qu’il mesure 25, 30 ou 36 pieds, vous paierez au minimum pour un 40 pieds. 

Nous avons décidé de faire appel à un agent (voir complément à suivre), Tito (c’est son nom) s’est donc chargé d’une partie des formalités, avant que Coccinelle ne soit mesuré, afin de déterminer le montant des droits que nous aurions à payer pour pouvoir traverser l’Amérique en bateau. Puis il a fallu attendre que notre tour arrive. 



L’arrivée du pilote. 


Shelter Bay Marina. 

Shelter Bay est donc le passage obligé pour tout navire de plaisance en attente d‘un transit, des plus petits, mais aussi des plus gros. Seuls les plus grandes unités ne peuvent pas y entrer, ils doivent se contenter du mouillage, à l’extérieur, avec les cargos. Ou les Flats. Le plus gros voilier que nous y ayons vus, Koo, mesurait 50 mètres ! Nous avons ainsi vu le propriétaire de l’un de ces yachts venir poser son hélicoptère à quelques dizaines de mètres de Coccinelle. D’ailleurs, nous étions dans un véritable environnement d’hélicoptères : la marina est située dans une ancienne base Etats-unienne, qui date du temps où le Canal était sous juridiction Américaine. La base est pratiquement fermée, mais trois hélicoptères y restent basés, les journées y ont été rythmées par le son sourd des rotors, au milieu des cocotiers, il y règne comme une atmosphère de guerre du Vietnam ; il ne manquait plus que la Walkyrie de Wagner pour rythmer le tout…et heureusement le bruit des explosions. Apocalypse Now ! 

Ces quelques jours d’attente ont été consacrés au plus gros avitaillement qu’il nous ait été donné de faire depuis le départ : nous avons la moitié de l’océan Pacifique à traverser, et nous n’osons même pas imaginer ce jour où dans le futur nous reverrons un supermarché, tant il semble lointain ! Nous en avons également profité pour effectuer quelques travaux sur le bateau (il y a toujours à faire !), cette fois-ci, la grosse dépense (mais c’est sûr, après, il n’y en aura plus d’autres !) aura été une toute nouvelle pompe à eau de mer offerte au moteur, pour quelques centaines de dollars, toute brillante, à la peinture neuve ! 

Nous avions également un rendez-vous important à Panama City, à l’ambassade des Etats-Unis. Car la suite du programme, pour l’an prochain, prévoit de nous mener vers les Côtes Etats-uniennes, Hawaï, Alaska, Californie. Hors pour se rendre aux Etats Unis à bord d’un jet privé (on s’en est séparés, on ne trouvait finalement pas ça très pratique), ou d’un yacht privé (nous n’avons conservé que le yacht), il est indispensable de se faire délivrer un visa de type B2. Son obtention est liée à une procédure en ligne des plus fastidieuses. En Martinique, nous avons passé des dizaines d’heures connectés à essayer de dénouer tous les rouages de cette démarche qui, après avoir payé 160 US $ pour chaque membre de la famille, avait débouché à un rendez vous à l’Ambassade Etats-unienne de Panama : une telle rencontre personnalisée dans une ambassade est indispensable. Nous n’en croiserons pas d’autre avant notre entrée aux Etats-Unis, à Hawaï. Le jour dit nous avons donc pris un taxi depuis la marina jusqu’à la gare des bus de Colon, emprunté la navette conduisant à Panama City, où un nouveau taxi nous a déposés devant l’ambassade. Il nous manquait une photo d’identité d’un format particulier, 5 x 5 cm, et nous avons été heureux de trouver devant l’ambassade des tentes avec installés là des photographes avec tout le matériel nécessaire à la fabrication des dites photos. Finalement d’entretien il n’y eut pas (ben oui, nous sommes une famille d’occidentaux, blancs, c’est plus simple…). Il a quand même fallu retourner trois jours plus tard récupérer nos passeports munis des fameux visas. Même dans une ambassade américaine, il peut y avoir des couacs informatiques. A moins que ce retard n’ait été lié aux attentats du marathon de Boston qui ont eu lieu ce même jour ? 



Les lamaneurs lancent les toulines avec précision, on y amarre les aussières et le lamaneur ramène l’aussière et la frappe sur un taquet. 



Coccinelle dans les écluses de Miraflorès. 

Le Canal de Panama. 

Le rendez-vous principal, celui du passage du canal, a été fixé ce vendredi 19 avril 2013 à 14 heures. Bien sûr nous étions à l’heure, et même en avance, même si nous savions par radio ponton que le pilote ne serait probablement pas là avant 16 heures. Il s’est mis à pleuvoir. Au cours de ces deux heures, il a plu, plu, et plu encore, toute l’eau du ciel, de la pluie des plus drues, des plus intenses. De celles qui réduisent la visibilité à néant, et impose, et ce malgré les aides à la navigation électronique (radar, AIS, etc.) une certaines attention aux capitaines et pilotes. Le chenal d’accès aux premières écluses de Gatún passe à quelques centaines de mètres des Flats, et nous pouvions deviner au travers des rideaux de pluie les ombres fantasmagoriques des navires, en marche avant réduite, au déplacement rythmé par les coups lancinants de leurs cornes de brume. 

Si la pluie avait ainsi continué, il est probable que notre transit aurait été reporté. C’est ce que nous a confirmé notre pilote, un peu plus tard, quand il est arrivé, alors que la pluie s’était enfin un peu calmée. Quand il pleut vraiment beaucoup (ce qui arrive quand même souvent, lors de la saison des pluies), alors les transits peuvent être interrompus, le temps pour le temps de devenir plus clément, et la visibilité de s’améliorer. 

Quelques jours plus tôt, nous avons pris rendez-vous pour recevoir à bord la personne chargée de mesurer le bateau. Un matin, une charmante jeune fille s’est présentée sur Coccinelle. Après avoir rempli différents documents, me les avoir fait signer, double décamètre en main, nous avons procédé à la mesure du bateau. Pour nos 11 mètres, il était bien sûr inutile de démonter bout dehors, panneaux solaires, etc. : tous les voiliers de moins de 50 pieds paient le même prix. Elle nous a remis notre numéro d’identification, avec lequel nous avons eu le droit ( !) d’aller payer les taxes de transit, soit pour Coccinelle la modique somme de 800 US $, auxquels s’ajoutent les frais d’inspection (mesure), 54 US $, de Sécurité, 130 US $, soit 984 US $. Auxquels il a encore fallu rajouter le montant de la caution : 891 US $ de plus, qui nous sera reversée quelques jours plus tard. Nous avons donc du verser à la City Bank la somme de 1.875 US $. C’était ça, ou mettre le bateau sur un camion (mais il faut trouver le camion, démâter et puis mâter de nouveau, etc.), envisager le passage du Nord Ouest (contourner le Canada par le nord), ou pourquoi pas la Patagonie ou le Détroit de Magellan… Tout s’est (à peu près) bien passé, nous n’avons rien esquinté sur le canal, et nous n’avons pas causé de retard significatif dans cette grosse machinerie. Grâce à nous, l’économie mondiale a pu continuer de tourner ! Quelle responsabilité ! 

La préposée du Canal avait bien précisé que nous devions avoir à bord, pour le transit, en plus du barreur et du pilote, quatre adultes compétents, capables de gérer les aussières qui allaient maintenir le bateau au centre des écluses. Car pour nous, petits navires, nul usage des fameuses locomotives n’est prévu. Les gros cargos s’y amarrent, à l’entrée de chaque jeu d’écluse (les trois de Gatún, les deux de Pedro Miguel, et l’écluse simple de Miraflorès) sur de grosses locomotives électriques, équipées de treuils, et qui se déplacent sur un rail à crémaillère. Ce sont elles qui maintiennent les navires au centre des écluses, lors des montées ou des descentes, et qui surtout leur permettent de se mouvoir quand il leur faut progresser entre les différents systèmes de chambres. 



Au premier soir, Coccinelle amarré sur une bouée sur le Lac Gatún. 



Un porte container croisé sur le Canal. 


Les portes de… Gatun, bientôt, vont se refermer… 

Bon, il faut reconnaître que rentrer dans ces gigantesques écluses a quelque chose d’impressionnant. Nous avons fait le choix de passer à couple de deux autres voiliers. Alors que nous n’étions plus qu’à quelques centaines de mètres de l’entrée de la première écluse de Gatún, Coccinelle est venu s’amarrer à couple d’un catamaran allemand, tandis que de l’autre côté un monocoque américain faisait de même. Il est ainsi plus aisé de rester manœuvrant au centre d’une écluse, la multiplicité des moteurs permet d’embrayer simultanément en marche avant ou en marche arrière. Et quand les deux gigantesques portes se sont refermées derrière nous, il ne s’agissait pas uniquement des portes d’un canal. C’étaient aussi des portes de l’Océan Atlantique qui se refermaient. Le loch installé à La Rochelle avant le départ indiquait alors 8.250 milles, soit un peu plus de 15.000 kilomètres, parcourus lors de cette ballade Atlantique qui nous a conduits de La Rochelle à l’île d’Yeu puis à Belle île, en Galice puis à Sao Miguel aux Açores. Ensuite, ce furent les îles de Pico, Faïal, Florès, puis Terceira, Santa Maria. Coccinelle a alors poursuivi son voyage vers Porto Santo à Madère, puis Lanzarote, Fuerteventura, et Gran Canaria, aux Canaries. Avant de traverser l’Océan Atlantique vers la Martinique et la Dominique, puis Cuba, et enfin le Canal de Panama. 

Une page vient de se tourner. Malgré une petite frayeur lors du passage de la première écluse montante de Gatún, due au fait que nos taquets sont conçus pour supporter le déplacement de notre bateau, mais pas celui d’un lourd catamaran et d’un gros monocoque réunis (il a tout simplement failli s’arracher, nous avons vu distinctement le pont se soulever !), nous avons continué notre ascension jusqu’à atteindre le lac Gatún, à 21 mètres au dessus du niveau de la mer. Au terme d’un bonne nuit (courte mais bonne…), amarré à une grosse tonne, un nouveau pilote est arrivé, au petit matin, et nous avons entrepris la traversée du lac, sur 28 milles, une navigation en eau douce au cœur de la forêt vierge, sur lequel on peut être surpris de croiser un échantillonnage assez complet de tout ce que l’homme a pu créer pour se mouvoir sur l’eau, et accessoirement transporter des marchandises. Samedi en fin de matinée, les trois voiliers se sont donc de nouveau réunis et amarrés pour former ce radeau qui s’est introduit dans les écluses descendantes de Pedro Miguel, puis de Miraflorès, qui nous a ouvert les portes de l’océan Pacifique. A nous l’aventure ! 


Nous quittons le catamaran et le monocoque avec qui nous avons transité la Canal dans la dernière écluse, celle de Miraflores. Nous sommes dans le Pacifique ! 




Il a bien grandit, mon petit Orca ! 



Los Diablos Rojos, anciens autobus scolaires nord américains tunnés façon Panama. 

Carénage aux îles Perlas. 

Nous avons ensuite passé quelques jours au mouillage de Flamingo, à la sortie de Panama City. La skyline de cette ville est l’une des plus impressionnantes, elle est parsemée de gratte ciels qui rivalisent d’audace architecturale. On pourrait penser qu’il s’agit là de bureaux, un gros centre d’affaires d’envergure mondiale de la trempe de La Défense, Francfort, New York, Hong Kong, Shanghai… Même s’il y en a un peu : après les îles Caïman, nous avons d’ailleurs ouvert un compte à Panama. Ce sont en fait des logements, dont beaucoup sont vides (dans le film : ‘le Tailleur de Panama’, elles sont appelées les ‘Tours Cocaïne’. Il se raconte qu’il pourrait s’agir là d’un moyen de blanchiment d’argent d’origine douteuse (l’ancien président Panaméen, le général Noriega, est en prison pour trafic de drogue). Des appartements vides loués au prix fort et qui permettent de justifier une rentrée d’agent. Ca ne vous rappelle rien, des maisonnettes louées au prix fort dans les Côtes d’Armor ? Devant Panama City, les couchers de soleil sont majestueux, au milieu des centaines de pélicans qui plongent pour y chercher pitance, avec en arrière plan ces dizaines de gratte ciels. Un paysage urbain qui n’est pas sans rappeler Toronto quand, il y a cinq ans, Coccinelle avait tiré quelques bords, sur le lac Ontario, au coucher de soleil, avant de venir s’amarrer en plein centre ville, dans un jardin public… 

Panama City est loin d’être aussi dangereuse que Colon. Le Paso Alto, la vieille ville, est en pleine reconstruction, il est agréable de s’y promener. Nous y faisons les derniers achats, les ultimes petites choses qu’il faut encore approvisionner, indispensables avant de continuer. Nous y avons même consulté un dentiste. Puis Coccinelle a pris la route des Perlas. Nous avons équipé notre bateau de béquilles, ce qui nous permet de nous échouer relativement facilement, pour peu qu’il y ait des marées, et que nous puissions disposer d’un sol relativement plat. D’ailleurs, la perspective d’un carénage aux Perlas avait été l’élément déclencheur dans notre décision d’offrir à Coccinelle cette paire de béquilles. Nous avons mouillé à l’embouchure, profité d’une première marée basse pour venir repérer les lieux, puis le lendemain Coccinelle est venu s’y poser. Ce carénage express a été l’occasion de renouveler la peinture anti salissure sur les œuvres vives, rajouter une anode sur l’arbre d’hélice, passer les œuvres mortes au déjaunissant avant de les polisher. Il nous aura fallu pour cela deux marées, ce qui ne nous a pas empêché de s’offrir une expédition en amont de la rivière, dans un paysage à la Tarzan, la jungle équatoriale avec pléthore de cocotiers, immenses arbres imbriqués les uns dans les autres, des lianes qui descendent jusqu’au sol. Nous y avons cueilli des bananes vertes, coupé le moteur pour tenter de reconnaître les mille et un bruits inconnus qui, dans ce milieu aqueux, habitent le silence, et que nous tenterons de déchiffrer. On apprendra plus tard que d’autres équipages y avaient croisé un caïman… 

Après deux jours de repos, nous avons quitté les îles Perlas, en direction des îles Galápagos. 


Coccinelle au mouillage devant Panama City. 



Coccinelle posé sur une plage des îles Perlas, dans le Golfe de Panama. 



A marée haute, dans la jungle équatoriale. 



En attendant la prochaine marée. 


La marée est descendue, il faut se remettre au travail. 


Pour prolonger : le Canal de Panama pratique. 

Par : Gilles. 

Ce petit texte s’adresse surtout à ceux qui envisagent de passer le Canal. Il contient quelques informations que nous aurions aimé avoir avant de transiter. 

Nous avions essayé, en amont, et dans la mesure du possible, de nous documenter avant d’arriver à Colon (merci Olivier !). Finalement, nous avons (en partie) agit différemment de ce que nous avions prévu. Pour organiser un transit du Canal de Panama, différentes options sont envisageables. 

La première consiste à faire ou non le choix d’utiliser les services d’un agent. Ensuite, va-t-il s’agir d’un agent officiel, patenté, ou bien alors d’un agent officieux, non déclaré donc, mais qui a également toute sa place dans les rouages du Panama Canal Authority ? Un agent n’est absolument pas indispensable, mais il pourra accélérer les choses, dans le sens où il connaît chaque bureau, dans lesquels se trouvent les bonnes personnes, au bon endroit. Le gain de temps est donc conséquent. Les formalités effectuées soi-même prennent bien sûr plus de temps, il faut louer les services d’un taxi pour se rendre d’un bureau à un autre, dans les banques, etc. Car Colon n’est pas la Havane et il vaut mieux éviter de se déplacer seul, à pied, avec tout signe extérieur de richesse. Colon est réputé comme étant une ville des plus dangereuses. En 1995 lors du voyage d’Orca, je m’étais retrouvé allongé à l’arrière d’un taxi tandis que des gangs ou la police, je ne l’ai jamais su, se tiraient dessus à l’extérieur. Les choses semblent s’être un peu améliorées. Compter 12 US $ de l’heure pour un taxi à disposition, ou 20 US $ pour aller de Shelter Bay à la Marina. Ensuite, il faut trouver des pneus pour protéger votre bateau (leur présence sera vérifiée par l’admesurement), et 4 aussières de 22 mm longues de 125 pieds, soit 40 mètres environ. Quel que soit l’agent, il va se charger de vous les trouver et les livrer, et de les faire récupérer de l’autre côté, à Balboa (côté Pacifique). Enfin, et c’est tout de même là son rôle premier, il faudra assurer les relations avec les différentes autorités, l’immigration notamment, et les choses peuvent s’avérer compliquées… et coûteuses. 

Il semblerait que la délivrance (et les taxes qui vont avec) d’un Cruising Permit soit obligatoire pour ceux qui naviguent aux San Blas ou aux Perlas. Si vous faites vous-même les formalités (et dans certains cas si vous passez par un agent officiel), il vous sera difficile d’y échapper. Il devrait en coûter 200 US $. Idem pour le visa, dont la nécessité est apparue il y a peu, et qui coûtera la somme de 100 US $ par personne (voir plus loin) ! 




Le passage d’un gros navire gazier Norvégien. 


Si vous utilisez les services d’un agent officieux. 

Le tarif de sa prestation n’est pas trop élevé, Tito, dont nous avons utilisé les services, nous a facturé 100 US $. Pour cette somme il s’est chargé des formalités auprès de la Panama Canal Autority. Il nous a ensuite fournit les aussières réglementaires (facturées 4 x 15 $), les pneus protégés par des sacs poubelle (un mode de décoration très tendance sur les voiliers à Panama), il les facture 3 $ pièce, il en a fallu 8 pour notre bateau de 36 pieds. Et en arrivant de l’autre côté, il a fallu de nouveau payer 1 $ par pneu pour s’en débarrasser. 

Deux jours après que Tito nous eut fait enregistrer auprès des autorités, l’admesurement est donc venue sur le bateau, y remplir différents formulaires. J’avoue avoir esquissé un sourire quand l’employée du Canal m’a demandé où donc nous avions bien pu cacher la barre à roue (il y en avait effectivement une à bord de Coccinelle quand nous l’avons acheté, mais nous l’avons remplacée par une barre franche). Et l’indicateur d’angle de barre, où est-il ? Après avoir déclaré que nos taquets n’étaient pas assez solides (on ne le savait pas encore, mais ça allait se vérifier), que notre bateau n’allait pas assez vite, etc., elle nous a remis le ‘Panama Canal Ship Identification Number’. Il ne restait plus alors qu’une chose à faire : payer, à la City Bank, et en espèces sonnantes et trébuchantes seulement. Ce détail a son importance, car Panama semble être l’un des pays les moins sûrs en termes de sécurité bancaire, dans les faits, pour les cartes de crédit de base, le plafond de retrait est extrêmement bas, il se limite à 500 US $ par semaine et par carte. Pour ne pas devoir attendre plusieurs semaines que nous puissions retirer des espèces, nous avons du demander à des amis de nous dépanner, nous les avons remboursés par virement bancaire. Les choses semblent plus simples pour les détenteurs de cartes de type ‘Premier’ ou ‘Gold’, pour lesquelles le plafond de retrait est plus élevé. Avant d’arriver au Panama, il est donc préférable d’avoir avec soit des dollars, cela simplifie bien les choses. 

Quand on passe par un agent officieux, il faut également payer, en sus des frais de transit (984 US $), un dépôt de garantie, de 891US $, qui sera remboursé quelques semaines après le transit (j’écris ces lignes aux Galápagos et c’est chose faite). Dans notre cas, Tito nous a également facturé 40 US $ de taxi théorique entre la marina et la banque : 20 US $ entre la marina de Shelter Bay et Colon (ce qui est le prix d’un taxi officiel, jaune à damiers noirs et blancs, façon Gaston Lagaffe), autant pour le retour. Tito emploie un jeune qui officie avec une voiture, qui va y mettre deux ou trois skippers et facturer ainsi 2 x 40 ou 3 x 40 US $... 



Le conducteur de l’une de ces locomotives chargées de tracter les navires. 



Les écluses (ici les deux premières écluses montantes de Gatún) sont doubles, ce qui facilite leur entretien, et la fluidité du trafic. 


‘Les navires ‘en vont, les navires s’en viennent’. 

Si vous passez par un agent officiel. 

Vous n’aurez pas à déposer la caution de 891 US $ à la banque, l’agent se porte garant pour vous. Ce détail a son importance car il relativise l’écart de prix entre un agent officiel et un agent officieux, et surtout diminue de moitié le problème de retrait d’espèces. Un agent officiel facture 320 US $ sa prestation, dans laquelle sont inclus la fourniture des pneus (et leur récupération à Balboa), et des aussières. Avec lui nul besoin de se déplacer à la Citybank, il s’en charge. 

Il est commun pour un équipage qui ne l’a jamais fait d’envoyer une personne du bord effectuer un transit avant le sien, ce qui permet d’appréhender les problématiques dans leur intégralité, de désacraliser certains points, tout en en soulevant d‘autres. Armelle a ainsi passé trois fois le canal, une fois avant, et une fois après, sur Cool Frenesy, dont l’équipage avait fait le transit avec nous. Si vous ne trouvez pas de membres d’équipage d’un ‘bateau copain’, alors il faut louer les services de handliners, Panaméen ou autre. Certains sont bons, d’autres un peu moins, et il n’est pas rare qu’ils voient là une aussière et un taquet pour la première fois de leur vie. A la marina de Shelter Bay, il est amusant de voir les bateaux en attente de leur transit aller voir chaque nouvel arrivant pour leur demander s’ils veulent transiter avec eux. Si aucun membre d’équipage n’est disponible, alors un handliner fourni par un agent officieux vous coûtera 100 US $ par personne, et 125 US $ si vous passez par un agent officiel. 

Pour résumer. 

Un agent officieux (pour nous, Tito) : 

- Prestation, 100 US $. 
- 8 pneus, 8 x 3 = 24 US $ 
- 4 aussières, 4 x 15 = 60 US $.
- Taxi Citybank : 40 US $ 
- Frais de virement pour récupérer sa caution : 25 US.

- Total : 325 US $. 

Auxquels il faut rajouter éventuellement 
- Zarpe (Last Port Clearance): 70 US $ + 15 US $ de bus soit : 85 US $. 
- Le cas échéant, 100 US $ par handliner. 

Un agent officiel. 
- 325 US $ pour la prestation, incluant les pneus, les aussières, le paiement des frais à la Citybank. Surtout, il n’est pas nécessaire de laisser un dépôt de garantie. 
- Par contre, mais cela dépend à priori des agents, il peut être nécessaire d’obtenir un Cruising Permit, de l’ordre de 200 US $ ou plus. Idem pour les visas, à 100 US $ par personne. 
- Total : 325 US $. 

Auxquels il faut rajouter éventuellement 
- Le cas échéant, 125 US $ par handliner. 
- Le Zarpe ? 

Visas et Cruising Permits sont donc à priori et en théorie obligatoires (ça en fait des suppositions…), sans que nous n’ayons réussi à savoir s’il s’agissait d’une réalité, ou d’un backshish déguisé… Nous avons officialisé notre entrée au Panama en faisant tamponner les passeports au petit bureau de l’immigration à la Marina. L’agent nous a dit que nous devions aller à Colon pour y acheter les visas, nous lui avons répondu ‘oui oui Monsieur’, et ne l’avons jamais fait. Tito nous a indiqué que pour la sortie, si nous le voulions nous pouvions aller à Panama City les faire tamponner. Mais nous n’y sommes pas allés, mieux vaut parfois ne pas tenter le diable. Quant au Cruising Permit, nous l’avons tout autant ignoré. 



Dans les allées d’un maxi porte container, un Panamax

Autre choix difficile à faire à Colon, le port, ou le mouillage, à Porto Bello, ou encore… 

Le Panama Canal Yacht Club a donc été détruit et transformé en zone de stockage de containers. 

Porto Bello est paraît il (nous n’y sommes pas allés) une jolie bourgade (et un bon mouillage) à une trentaine de milles au nord de Colon, en direction des San Blas. De nombreux bateaux y préparent leur transit, plusieurs bus quotidiens descendent à Colon. Ce choix permet de continuer de vivre dans un cadre agréable (on n’est pas là pour se faire du mal), bon marché, à condition de faire quelques allers et retours en bus. 

Le mouillage des Flats. Le problème majeur des Flats vient de l’impossibilité de descendre à terre, en sécurité du moins. L’approvisionnement est donc problématique, et tout ce qui va avec. 

Le Club Nautico. Au départ nous avons envisagé d’y mouiller. Mais après y avoir jeté un œil, le lieu ne nous a pas tentés. Sans parler du fait qu’il faut en théorie payer 5 US $ par jour pour avoir le droit de débarquer en annexe. Nous avons donc choisi une solution de riches. 

La marina de Shelter Bay. Une solution de riches à plus d’un titre, à commencer par la taxation du bateau au prorata de sa taille. Jusque là rien que de très normal, sauf qu’ils n’appliquent pas de tarifs pour un bateau d’une taille inférieure à 40 pieds. Pauvres qui n’avez qu’un petit bateau passez votre chemin. Ainsi avec nos 36 pied nous avons du payer pour un 40 pieds. Heureusement les tarifs sont dégressifs au bout de deux semaines, et cela rétroactivement. La première semaine nous a tout de même coûte 360 US $ ! 
La marina a bien des avantages, matin et soir une navette de bus gratuite conduit au centre commercial de Quatro Alto, où l’on trouve même un shipchandler, Abernaty. On peut y remplir les bouteilles de butane (au prix fort), acheter du gazole, sortir un bateau de l’eau. Une solution coûteuse donc mais réaliste dans le cadre d’une navigation familiale, et au regard des problèmes d’insécurité récurrents à Colon. 



Des containers, des containers, encore des containers… 


CMA CGM, ça n’est pas une compagnie Française ? Nassau, aux Bahamas, serait donc en France ? 

Dernier point, le transit. 

Lors de son passage, l’employée du Canal nous questionna sur le type de transit que nous souhaitions réaliser, tout en sachant qu’à la fin, ce serait le pilote qui déciderait. Nous avons opté pour le net center chamber, une technique qui comme nous l’avons vu consiste à amarrer deux ou trois bateaux ensemble de façon à rester manoeuvrants. 

L’autre technique proposée consiste à passer à couple d’un remorqueur, ou alors, seul au centre. Ce choix a failli nous coûter cher, car les taquets d’un voilier de 7 tonnes ne sont pas faits pour soutenir un ensemble de bateaux dont le déplacement total avoisine les 30 tonnes. Lors de la montée de la première écluse de Gatún, alors que de forts remous et tourbillons se faisaient sentir, les trois bateaux sont partis sur le côté, et notre taquet arrière s’est littéralement soulevé, et le pont avec lui. Armelle qui avait déjà effectué un transit a immédiatement choqué, tandis que le pilote réagissait rapidement : sur sa demande un lamaneur a renvoyé une touline sur le catamaran, une autre aussière a été remise en place et la notre a pu être libérée, sauvant ainsi notre taquet, ou plutôt la surface de pont. 

Nous avons eu chaud, et si c’était à refaire, alors nous prendrions l’option d’un transit seul, au milieu de la chambre, avec les problèmes de manœuvrabilité que cela entraîne… 


Une fois de plus, quand des Coccinelles rencontrent d’autres Coccinelles… 


Elles se racontent des histoires de Coccinelles ! 



Jolies, les poubelles décorées du Paso Viejo, non ? 



Qui n’a pas son Panama ? 



Petites danseuses dans un parc de Panama City.