mercredi 21 janvier 2015

Coccinelle en Californie


Coccinelle en Californie !

Par : Gilles.




Début septembre, nous avons donc quitté Port Angeles, dans le détroit de Juan de Fuca, dans l’Etat de Washington, en direction du sud et de la Californie. Le temps pressait, dans cette région, les premières tempêtes automnales arrivent vite, et la règle communément admise préconise d’avoir quitté la zone avant la mi-septembre. Entre Juan de Fuca, qui conduit notamment vers les gros ports de Vancouver et de Seattle, la côte le long de l’Oregon est des plus inhospitalières, et même l’accès à certains grands ports de commerce, c’est notamment le cas de Portland sur la Columbia River, est souvent interdit aux petits bateaux, la barre à l’entrée du fleuve étant jugée trop dangereuse dès que s’est levée la houle d’hiver. Quand elle s’oppose à un courant sortant, la barre devient infranchissable.
La météo est bonne et le vent portant, d’ailleurs il vaut mieux car si la grand voile d’occasion que nous avons achetée pour ce convoyage est tout a fait propre, avec trois bandes de ris, le yankee qui nous sert de voile d’avant, sur l’enrouleur, même s’il est en bon état, possède un point d’écoute bien trop haut pour propulser Coccinelle efficacement contre le vent. Mais nous sommes partis avec une bonne météo et le vent a été clément. Nous vivons quelques moments épiques, comme cette nuit où nous avons traversé des flottilles de bateaux de pêche, fortement éclairés de puissants projecteurs, mais qui ont une fâcheuse tendance à changer constamment de cap. Heureusement il n’y avait pas de vent à ce moment là, et les modifications de cap au moteur sont bien plus simples. J’ai estimé lors de mon quart de la deuxième partie de la nuit, à plus de 150 le nombre de bateaux de pêche ainsi croisés.
Mais quelle joie de naviguer de nouveau à la voile, et quel bonheur pour tout l’équipage, Apolline, Camille, Armelle et moi de se sentir portés par les ailes de la Cox, d’être libre de nouveau, et posséder un vrai bateau à voile prêt (pas encore tout à fait, il nous manque encore les voiles neuves !) à naviguer sur toutes les mers du monde.



Eureka, California.
La côte est moins rude et sauvage après le Cap Mendocino, la météo annonce sur les canaux dédiés de la VHF des vents de sud dans la région de San Francisco, Eureka nous ouvre ses bras ; on devait y rester deux ou trois jours, nous y sommes finalement restés deux semaines. Car les deux derniers mois et demis ont été intenses, à la suite du démâtage, le convoyage au moteur en Alaska, puis le transport en camion, la quête du mât (mauvais jeu de mot ?), enfin les travaux de remâtage, et cette navigation vers les côtes de Californie. Après le rush de l’été, nous avons besoin de nous poser. Nous mouillons dans un bras de mer en plein centre-ville, à 100 mètres d’un ponton public accueillant où nous pouvons laisser l’annexe. A peine sommes-nous mouillés depuis une heure peut-être, un vieux, très vieux bateau s’approche de nous, il semble tout droit sorti d’un épisode de Tom Sawyer, avec sa ligne traditionnelle, sa cheminée ; nous apprendrons plus tard qu’il date du début du 20ème siècle, et il s’agit là du plus vieux bateau à passagers encore en service aux Etats Unis. A la barre, un homme (presque) aussi âgé que le bateau, chevelu et barbu, s’approche à portée de voix. Il vient nous signaler que là où vient de tomber l’ancre de Coccinelle, il n’y a pas beaucoup d’eau, et que nous risquons de toucher. Merci, nous lui expliquons que notre bateau possède une dérive et que de fait son tirant d’eau est faible.
Comme beaucoup d’agglomérations Etats-uniennes, la ville présente un parfait quadrillage, avec de belles bâtisses de style Victorien, dont une, extravagante, qui domine la ville et le port, construite sur une colline. Le temps est gris et pluvieux, le soir, nous allumons le chauffage pour chasser l’humidité. Il tournera ainsi pratiquement chaque soir jusqu’à Los Angeles, ou là tout de même, on finira par l’éteindre.
Cette région du nord de la Californie est agricole, toutes les agricultures, mais beaucoup de bio, ‘Organic’ comme il se dit en anglais. Chaque semaine nous nous rendrons d’ailleurs au ‘farmer market’, où une petite vingtaine d’agriculteurs vendent en direct leur production. Nous comprenons vite que la Californie c’est ‘organicland’. Les supermarchés des centres de ces villes moyennes que nous avons visitées, Eureka et Sausalito essentiellement, mais aussi  Santa Barbara plus au sud, ne vendent pratiquement que de l’Organic. Il faut sinon se diriger vers les Malls des banlieues, mais en bateau on n’a pas toujours de voiture à disposition. On avait bien jusqu’ici un vélo, acheté à Honolulu, démonté lors des traversées, mais on a eu le tort de croire que bien attaché, il ne serait pas volé. Il a passé une nuit dehors, pas deux. Pour la petite histoire, cela doit faire le dixième vélo que l’on se fait piquer depuis La Rochelle. Sinon on loue parfois une voiture, ou plus tard à San Francisco ou à Los Angeles pour visiter, et aussi aller chercher quelques colis que nous nous faisons envoyer ici et là, comme ce  fut le cas pour aller chercher les voiles à Seattle : sans adresse fixe, toujours nomade, il faut trouver des solutions et faire fonctionner nos réseaux ; qui fonctionnent très bien ! A Eureka nous avons trouvé un supermarché ‘classique’. On a donc fait un plein de courses en pensant appeler un taxi. Car bateau ou pas nous sommes quatre dans la famille, désormais les filles mangent autant voire plus que les parents et il faut donc approvisionner régulièrement le bord. Mais le taxi n’est jamais venu. La caissière qui l’a appelé pour nous a pourtant relancé la compagnie. On a fini par demander à une personne seule dans sa voiture si elle pourrait nous déposer au centre ville, au ponton. Ce qu’il fit gentiment.
On y a aussi découvert la passion de certains Californiens pour les vieilles choses, les boutiques d’antiquaires sont assez nombreuses. On y passe des heures à fouiner, dans l’une d’elles, à Santa Barbara, on trouvera même plein de livres de poche en français, Armelle craque, au grand dam de la ligne de flottaison du bateau, on a des liseuses électroniques, elles sont sensées éviter d’embarquer (trop) de livres papier à bord, toujours trop lourds. On trouve aussi pas mal de boutiques de vêtements d’occasion, on renouvelle ainsi, pour quelques dizaines de dollars, nos gardes robes ! Eureka est une petite ville, et nous n’avons eu qu’une fois un voisin au mouillage à côté de nous. Chose plus surprenante, quand Armelle est allée chez la coiffeuse, et bien elle savait qui elle était, qu’elle habitait sur le voilier ancré en ville depuis quelques jours, avec des enfants à bord. Pour la petite histoire : c’est par ici que sont venus s’installer dans les années 60 Bob Dylan et Joan Baez.

A l’arrière plan, la maison de Cendrillon…

Apolline et Camille en pleine discussion avec une loutre, dans le petit zoo d’Eureka…

Bodega Bay.
Le vent est annoncé portant, avec très peu de houle, et pourtant, la sortie de la passe d’Eureka, si calme quand nous y étions rentrés, deux semaines plus tôt, commence à s’éveiller, et le courant sortant engage à lever une mer rugueuse, abrupte, et même si la passe est large, sans vent, cela n’aurait pas été un bon endroit pour que le moteur y fasse des siennes. Puis la mer s’est aplatie au fur et à mesure que nous avons gagné vers le large, jusqu’à ce que l’on retrouve la mer du vent, au sud du Cap Mandecino. Le lendemain soir, nous avons mouillé à Bodega Bay. Les cinéphiles connaissent, c’est ici que fut tourné dans les années 50 le film d’Alfred Hitchcock, ‘Les Oiseaux’. Certaines scènes ont été tournées en ville (quand l’héroïne traverse la baie en barque pour se rendre de l’autre côté) mais aussi dans les alentours, c’est notamment le cas de l’école dans laquelle se situe l’une des scènes du film, quand les corbeaux entourent la salle de classe obligeant la maîtresse à les faire sortir et courir sous les coups de becs guerriers des oiseaux devenus fous. La maison n’est plus une école et les nouveaux propriétaires ont du mettre devant chez eux un écriteau pour signaler aux visiteurs qu’il s’agit désormais d’une maison d’habitation. Nous profiterons plus tard d’une journée de visite en voiture pour y venir, et bien sûr filmer Apolline et Camille qui descendent en courant la ruelle. Brrrr…
Nous mouillons dans un mètre d’eau devant Bodega, le fond de la quille frotte sensiblement la vase, et le lendemain soir, c’est la baie de Drake qui nous accueille. Pour l’histoire, Sir Francis Drake, explorateur, ne trouva pas lors de son passage ici l’entrée de la baie de San Francisco, à quelques dizaines de milles plus au sud, et c’est dans cette vaste baie, encore déserte aujourd’hui, qu’il passa un hiver.

L’ancienne école de Bodéga Bay qui servi de décor au film ‘Les Oiseaux’ d’Alfred Hitchcock.


Le Golden Gate.




Pour vous mettre dans l’ambiance, en lisant ces lignes, écoutez-donc ça.
www.youtube.com/watch?v=7I0vkKy504U
Le Golden Gate, c’est donc pour aujourd’hui. En approchant de San Francisco, depuis le nord, nous sommes surpris de la faible urbanisation qui entoure la ville, aux abords d’une telle mégapole, on s’attendait à des banlieues à n’en plus finir. Elles sont ailleurs, disséminées tout autour de la vaste baie, la San Francisco Bay Area, et la côte, complètement desséchée cette année en raison d’une nouvelle période de sécheresse, est totalement protégée. Depuis quelques heures déjà, on aperçoit les contours du pont le plus célèbre de la planète, avant, il faut donner un vaste détour pour éviter un haut fond, le Four Fathom Bank, sur lequel la mer déferle pour peu que la houle soit de la partie. Comme la majorité des ports de la côte nord ouest Pacifique, les conditions hivernales rendent délicates les entrées dans les ports ; San Francisco n’échappe pas à la règle, et dès que la mer se lève, il faut alors emprunter le chenal des grands navires. Nous sommes tous les quatre sur le pont (du bateau !), l’instant est magique, ça n’est quand même pas tous les jours que l’on navigue avec son voilier sous le Golden Gate, les Portes d’Or, qui donne accès à San Francisco. On a envie de chanter ‘Santiano’ de Hugues Auffray, et remplacer le ‘on ira jusqu’à San Francisco’ pas un plus approprié ‘on est allés jusqu’à San Francisco’ ! Quand nous avons élaboré ce projet d’aller naviguer en Alaska, il y avait bien sûr l’attrait pour les glaciers, les longues journées, la nature et les mouillages sauvages, déserts et isolés ; la magie du Grand Nord. Mais ça n’était pas tout, et il y avait aussi ce désir de découvrir la Californie, et notamment San Francisco. Ca y est, on y est !
Après les séances photo réglementaires, nous avons tourné à gauche pour nous diriger vers le mouillage de Sausalito. Pour se situer, le Golden Gate supporte la route 101, qui longe la côte Californienne depuis l’Oregon, au nord, jusqu’à la frontière Mexicaine au sud. Au nord, c’est le conté de Marin, où se trouve Sausalito, et au sud, c’est San Francisco. Plus loin, un autre immense pont, le Oackland San Francisco Bridge, traverse la baie. Au nord enfin, le pont Richmond San Rafael, relie quant à lui le Conté de Marin à Richmond. A l’une de ses extrémités, se trouve la célèbre prison de Saint Quentin.


Ca y est, encore quelques centaines de mètres et nous aurons franchi le Golden Gate Bridge !

Vu d’en haut, c’est bien aussi.

 Vu depuis San Francisco, avec un gros porte container qui entre dans la baie.


Richardson Bay, Sausalito.

La baie Richardson est ‘décorée’ de ‘bateaux’ dont certains n’ont plus que le nom, démâtés, amarrés parfois les uns aux autres comme des grappes d’algues qui, ainsi, espèrent ne pas couler. Sausalito est un très bon mouillage. Ca tombe bien, certains bateaux sont là depuis plus de vingt ans, trente ans même ou encore plus ? Tous sont habités, et d’après le look de la plupart de leurs occupants, ils doivent être les survivants du Summer of Love, quand les rues de San Francisco, en 1967, et plus particulièrement dans le quartier Haight et Ashburry, tout près du Golden Gate Park, vit naître le mouvement hippie.
Le mouillage à Sausalito est donc autorisé et gratuit, chose qui va devenir de plus en plus rare au fur et à mesure que nous allons continuer notre descente le long de la côte Californienne. C’est une aubaine pour tous ces fauchés, qui peuvent ainsi se loger gratuitement à condition de disposer d’une embarcation. Mais ces jours sont peut-être comptés, et la nouvelle population aisée qui a désormais élu domicile à Sausalito, où le loyer mensuel d’un F3 atteint 4000 $, votera peut-être dans les années à venir pour des élus qui interdiront le mouillage à ces bateaux qui n’en sont plus vraiment. Et qui font tache au milieu des Swan rutilants amarrés dans les marinas huppées.
Depuis l’Alaska nous avons aussi comme compagnons de mouillage des milliers et des milliers de phoques, et plus tard des éléphants et autres lions de mer, qui s’ébrouent et pour certains émettent toutes sortes de sons pas toujours très discrets. Sausalito n’échappe pas à la règle. Sinon chaque matin et chaque soir, des milliers d’oiseaux, dont beaucoup de pélicans, se lancent pour se nourrir dans un manège surprenant, partant en piqué dans l’eau façon Stukas, pour en ressortir un poisson dans le bec, à deux pas du bateau. Nous ne nous en lassons pas. Souvent le jour se lève sur une baie perdue dans la brume. Verra-t-on Alcatraz ce matin ? Et le Golden Gate, dont nous n’apercevons, depuis le mouillage, que le sommet du pilier nord. Le brouillard est récurrent, il englobe la ville une bonne partie de l’année, et plus particulièrement les mois d’été. Parfois San Francisco nous apparaît le matin, mais souvent la ville est cachée derrière un rideau de brume, et dont seuls dépassent les sommets des buildings, comme une belle derrière son drapé. Nous avons cependant de la chance, octobre est souvent  à San Francisco le meilleur mois, et cette année 2014 n’échappe pas à la règle. L’été est souvent venté, ou noyé dans la brume. Il n’y fait donc alors pas très chaud, et il faut quitter la ville pour retrouver, à quelques dizaines de kilomètres de là, des températures plus estivales.


San Francisco au petit matin. Avec brume.

Ou sans brume. A gauche, l’île d’Alcatraz.


Alcatraz.

Lever de soleil à Sausalito.

 Les phoques de Sausalito.

Sausalito, et la brume qui se glisse jusqu’à effleurer les collines.

Les vieux bateaux au mouillage dans Richardson Bay, Sausalito.


La baie de San Francisco.
Lors des cinq semaines de notre séjour à San Francisco, nous aurons en général un assez beau temps, ensoleillé la journée, un peu plus frisquet le soir. Nous assistons à la Fleet Week, qui voit les Blue Angels (l’équivalent de notre Patrouille de France) évoluer dans le ciel à proximité du Golden Gate. Le spectacle ce jour là est magique, un samedi ensoleillé avec des centaines et des centaines de voiles blanches dans la baie, et ces avions à réaction qui inscrivent dans le ciel de Californie toutes sortes d’arabesques. Jusqu’à ce que la brume ne s’invite à la fête, privant les spectateurs que nous sommes de leur show. Les navires qui desservent les ports de la Baie, Oackland pour les containers, passent sous le Golden Gate, avant de laisser Alcatraz à bâbord, puis se faufiler sous le pont Oackland San Francisco. Ce jour là ce sont les hommes de quart de deux énormes porte containers qui ont du serrer les dents de nombreuses minutes. En effet, les centaines de voiliers se sont retrouvés pris dans une purée de poix, idem pour les porte containers, qui ont alors réduit leur vitesse au minimum, juste assez pour rester manoeuvrants, et le tout à grand renfort de corne de brume. Et chaque samedi soir, nous aurons droit depuis le pont de Coccinelle à un grand feu d’artifice, tiré depuis le Pier 39, à proximité du pont San Francisco Oackland.
Autant la navigation à voile est très populaire à San Francisco, le week-end, autant le lundi matin, il n’y a plus un seul bateau dans la baie, tout le monde est reparti travailler. L’un des moteurs de cette économie flamboyante et conquérante est peut-être lié à un amour immodéré des Etats-uniens pour l’argent. A Sausalito, la règle, c’est la voiture Allemande, souvent hybride tout de même ! En Californie, le gros 4x4 à l’Américaine, qui ingurgite un minimum de 20 litres aux cents kilomètres, et que l’on voyait en grand nombre en Alaska ou même au Canada en Colombie Britannique, n’ont plus droit de citer, écolo tu es, écolo tu resteras. San Francisco, c’est aussi San José, la ville voisine plus au sud, et c’est par là que se trouve la Sillicon Valley. Ici, Google emploie des dizaines de milliers de salariés. Idem pour Apple. La ville est le siège de nombreuses entreprises à l’Américaine, c'est-à-dire de taille mondiale.




Hormis les deux géants des nouvelles technologies, Apple et Google, on y trouve aussi Adobe, Cisco, Dolby, Ebay, Facebook, Oracle, Yahoo, Intel, Hewlet Packard, Asus, et d’autres encore. San Francisco et Seattle se tirent la bourre pour dépasser l’autre, économiquement parlant. Seattle abrite bien sûr Boeing, mais aussi Microsoft, même si désormais le premier employeur de la ville se nomme Amazon. Costco (voir plus bas) est également basé à Seattle. Avec 27 millions d’habitants, la Californie à elle seule, si elle était un pays, serait la sixième puissance économique du Monde ; juste après la France. Ca cause…

Le jour de la Fleet Week, voiliers, porte containers, avions dans le ciel, tous ont du composer avec la brume.

Halloween.
Quelques jours après notre arrivée nous recevons un soir la visite d’une petite famille sur son annexe, il y a là Christian le papa, Josie la maman, et leurs trois enfants, Nina, Ellamare, et le petit dernier, Taj. Les deux filles ont à peu près les âges de nos filles. Ils vivent sur un bateau, dans le Galilée Harbor, un voilier qui bientôt, l’an prochain, larguera les amarres pour un long voyage. Ils organisent un petit barbecue sur le ponton, et nous sommes invités. Rapidement Apolline et Camille disparaissent en compagnie de leurs nouvelles copines Californiennes dans les cabines de leur voilier, et nous faisons connaissance avec les voisins de ponton. S’il y a quatre ou cinq voiliers, la majorité des house boats (maisons flottantes) ou de vieux bateaux à moteur recyclés ; ou encore des barges surmontées de maisons. Certaines très jolies, souvent inventives, parfois superbes, jamais très grosses, et surtout elles dégagent un charme fou. Elles restent tout de même des bateaux, et ce malgré leur immobilité car leur vocation n’est pas, ou plus, d’aller sur la mer.
Avec la petite famille nous fêtons Halloween, avec un ami à eux, Jason, surnommé Big Jason (on vous laisse deviner pourquoi), un colosse barbu (le Californien porte le poil et le porte plutôt bien, cela plaît semble-t-il aux femmes, dixit Armelle), tatoué aussi, dont l’activité principale est l’agriculture horticulture en Californie du nord, il assemble aussi des vins. La Californie produit de très grands crus, et la vinification semble ici une activité très répandue. Jason nous offrira deux bouteilles, une pour usage immédiat, et une autre que nous dégusterons lors de notre arrivée aux Marquises. Merci Jason !
Pour Halloween donc, tout le monde est déguisé, les enfants bien sûr, mais aussi les adultes. Tous, ou presque, parce que pas nous : personne ne nous avait briffés ! A la tombée de la nuit, une grande parade réunit des centaines de personnes, beaucoup sont grimés, déguisés. Les habitants sont devant leurs maisons avec une table contenant pléthore de sucreries et autres chocolateries. Les filles vont revenir à bord de la Cox les bras chargés de barres chocolatées que nous garderons pour la traversée vers les Marquises.
Halloween, les préparatifs.

Nous quittons Galilée Harbor pour la parade à Sausalito.

Voiture de police et camion de pompiers…



Les maisons flottantes de Sausalito.
Dans les années 70, des hippies récupérèrent de vieilles barges de l’armée (durant la seconde guerre mondiale, Sausalito fut transformé en grand chantier naval destiné à la production de ce qu’on a appelé les Liberty Ships), pour en faire des ateliers d’artistes. Petit à petit, elles ont été transformées en habitations, avant d’être récupérées par les populations aisées plutôt BoBo de San Francisco. Les maisons flottantes ont grandi et se sont embourgeoisées. Il y a ainsi trois ou quatre quartiers flottants à Sausalito, certains très récents avec de luxueuses et grandes résidences flottantes ; et d’autres plus populaires, comme c’est la cas pour les embarcations amarrées au Galilée Harbour, au 300 Napa Street, Sausalito, CA.
Le Galilée Harbor est un port privé, mais qui appartient à ses habitants. Ils ont acheté l’espace maritime ainsi qu’un bout de terrain dans les années 80. Ce qui leur permet d’avoir des locaux en commun, un bureau, des parkings à voiture et à vélos. Pour devenir membre du port et avoir le droit de s’y amarrer, il faut être coopté, et surtout c’est l’assemblée générale qui va décider si votre candidature est acceptable. Il faut correspondre à certains critères. Il faut bien sûr vivre à bord de l’embarcation, mais l’assemblée prend également en compte un plafond de revenus. Une condition plutôt surprenante pour les Etats-Unis, ou c’est plus souvent le contraire. Le montant du loyer mensuel est indexé sur les revenus des membres. Finalement nous avons de la chance, quand nous sommes arrivés pour la première fois je regardais ce port comme une sucrerie inaccessible, que j’avais envie de découvrir et faire connaissance avec ses habitants, marins immobiles mais marins quand même. Et finalement ce sont eux qui sont venus vers nous. Quelle aubaine, et quelle chance ! A l’extrémité d’un ponton, on nous présente Coin Coin, un canard apprivoisé et qui est devenu la mascotte du port. Sur ce même ponton, on trouve une pompe à eaux noires. Sur un bateau, au large, on évacue les eaux usées des toilettes, dites eaux noires (à l’opposé des eaux grises, issues de l’évier ou du lavabo), à la mer. Dans la plupart des pays du monde (à part, à ma connaissance, la Turquie, les Etats-Unis et le Canada), les eaux noires sont également rejetées dans l’eau des ports où elles se diluent avec l’eau de mer, parfois un peu trop prêt des nageurs alentours. Aux Etats Unis la présence d’un réservoir à eaux noires est donc obligatoire ainsi que son usage ; même si jamais personne n’est venu vérifier sa présence et son état de marche à l’exception de Hawaï cependant. Et il est très aisé de les vider. Chaque port de plaisance, chaque poste à carburant possède sa borne en self service. Au Galilée Harbor chaque bateau ou presque est relié via un tuyau souple de 70 mm environ à un système de pompage qui évacue directement ces eaux noires vers le réseau municipal des eaux usées. En Europe, si l’emplacement du réservoir à bord des bateaux de plaisance est obligatoire et doit être réservé, la présence du réservoir en lui-même ne l’est pas. De mémoire, il n’y a aucune pompe à eaux noires entre La Rochelle et Le Crouesty. Personne ne les utilise, peu de personnes savent s’en servir. Pourtant à l’usage ce système de rétention est très facile à utiliser et devra se développer dans les années à venir, plus particulièrement dans les plans d’eau fermés. Ces réservoirs sont également bien pratiques quand le bateau est au sec ou quand le bateau voyage en camion comme cela nous est arrivé en Colombie Britannique. Voilà pour les eaux noires.
Nous passons pas mal de temps avec nos nouveaux amis. Christian nous fait notamment découvrir le supermarché ‘Costco’. Costco, c’est le paradis du navigateur qui prépare l’avitaillement de son bateau. Ces grandes surfaces se sont spécialisées dans l’achat en grande quantité, on ne peut pas acheter un seul pot de Nutella de 1 kg (avec trois filles à bord, le pot de Nutella est devenu l’unité de référence à bord de Coccinelle), il faut en acheter deux. Le riz s’achète par sacs de 5 ou 10 kilos. Idem pour la farine (20 kilos), les yaourts par paquets de 24, la bière par packs de 36, ou encore le coca, le Bourbon en bouteilles de ½ gallon, soit environ 2 litres, etc. Il me faudra deux voyages en annexe pour ramener à bord cette précieuse cargaison. Nous renouvellerons une visite chez Costco à Los Angeles.

Le Galilée Harbor de Sausalito.


D'autres  maisons flottantes de Sausalito.

Retour de chez Costco : où va-t-on bien pouvoir mettre tout ça ?

‘C’est une maison bleue, adossée à la colline…’
Nous avons dès notre arrivée à San Francisco récupéré les cours du CNED chez Anne Marie, à Livermore, à trois quarts d’heure de voiture de la ville (merci David de nous avoir transmis les coordonnées d’Anne Marie !), Apolline et Camille ont repris l’école, Camille entre en CE2, Apolline en Grande Section. Tous les matins il y a donc désormais école à bord, et l’après-midi nous allons nous promener à terre. Le week-end nous traversons la baie, passons d’un côté ou de l’autre de l’île d’Alcatraz, prison fermée dans les années 60 rendue célèbre par un film, ‘L’évadé d’Alcatraz’, et nous en allons mouiller à Aquatic Park, en plein cœur de San Francisco, à deux pas du Fishermen’s Wharf, des vieux tramways bigarrés du début du 20ème siècle, et du plus proche des Cable Cars, qui eux datent carrément de la fin du 19ème siècle. Les Cable Cars sont la réponse aux forts vallonnements qui caractérisent la ville, ça monte, ça descend, ça remonte et ça redescend encore. L’enfer du cycliste ! Certains bus doivent eux aussi prendre des chemins détournés pour éviter certaines rues des plus pentues. Les Cable Car, c’est l’image d’Epinal de San Francisco, avec le Golden Gate, Alcatraz, et les tramways. What else ? La ville dégage comme un enchantement. Dans mon petit classement, elle tient tout à fait la route à côté d’autres cités que sont Paris ou Venise. L’architecture y est particulière, avec ces maisons typiques de style Victorien.
Nous rendons même visite à la fameuse maison bleue, celle de la chanson ‘San Francisco’ de Maxime Le Forestier https://www.youtube.com/watch?v=kM1WiiYbN6Y
Après son séjour à San Francisco, dans les années 70, il avait complètement oublié l’adresse de la maison. Mais dans les années 2000, le chanteur s’est résolu à fouiller dans ses affaires et sur un vieux cahier il a retrouvé l’adresse de la fameuse ‘maison bleue’. Sa maisons de disques a alors organisé un voyage de retour aux sources en collaboration avec le Consulat de France, un sponsor, fabriquant de peinture, a fourni les pigments pour que la maison qui entre temps était devenue verte, retrouve sa couleur bleue d’origine. Une plaque a même été apposée !
Nous visitons d’autres quartiers, Castro, Mission et Market Street, immense avenue bordée de gratte ciels ; China Town bien sûr, avec ses étals de fruits, légumes, canards et autres produis parfois surprenants et complètement inconnus de nous. On nous avait dit que les prix des fruits et légumes y étaient intéressants, c’est le cas, mais la qualité est comme les prix, pas très élevée. Certains habitants de ces quartiers craignent désormais que la spéculation immobilière qui bien sûr sévit à San Francisco ne vienne à bout de China Town, à proximité immédiate des quartiers d’affaire ; c’est en tous cas ce dont s’inquiètent quelques manifestants et autres affiches apposées ça et là dans les rues de China Town. Nous irons aussi plusieurs fois à Alamo Square, l’une des photos les plus connues de San Francisco, avec sa dizaine de maisons jumelles peintes désormais de couleurs pastelles.
Dans Aquatic Park, nous débarquons avec notre annexe au Musée Maritime, qui est aussi un Parc. On y trouve un grand quatre mâts du 19ème siècle, un vapeur et nous pouvons y laisser notre annexe en sécurité. Seul bémol, le parc ferme à 17h00, et plus d’une fois nous avons du négocier avec les gardiens de nuit pour pouvoir pénétrer dans le musée y récupérer notre annexe. Mais avec notre sésame, à savoir les deux princesses de Coccinelle, Apolline et Camille, toutes les portes s’ouvrent en général sans trop de complications. Aquatic Park est comme son nom l’indique un parc aquatique, dans lequel évoluent des adeptes de la nage sportive. Avant même le lever du jour, ils sont ainsi des dizaines à brasser et crawler, sans combi, dans une eau tout de même un peu frisquette.
Nous y faisons ainsi la rencontre de Kenneth, nageur émérite qui chaque jour de l’année effectue ses longueurs et ce quelle que soit la température de l’eau. Il se trouve que Kenneth est membre du Cruising Club de Sausalito, établi lui aussi sur une barge flottante plus ou moins ballastée et arrimée sur un banc de vase. Nous y sommes invités gracieusement. Aussi à notre retour nous venons mouiller à proximité même des deux lieux, le Sausalito Cruising Club, et le Galilée Harbor. Ce soir là, se déroule la finale des World Series de Base Ball, et la finale oppose l’équipe de Kansas City aux Giants de San Francisco. Et c’est bien sûr San Francisco qui l’emporte. La ville fait la fête. Nous l’avons appris trop tard mais le stadium dans lequel jouent les Giants est au bord de la baie, et il borde un petit mouillage qui est tout à fait légal. Et la première manche de la finale s’est disputée à San Francisco, le samedi précédent. Cerise sur le gâteau, on peut même suivre les matchs sur grand écran depuis le bateau ; et récupérer le cas échéant d’un coup d’annexe les balles qui auraient fini dans l’eau…
Nous passerons ensuite trois jours amarrés au petit quai du Sausalito Cruising Club, nous en profitons pour faire un peu d’entretien, recharger les batteries, nettoyer et repeindre le moteur hors bord. L’entretien d’un bateau est permanent ! Surtout, nous y recevons les nouvelles voiles, elles sont bien vite hissées, elles vont parfaitement. Ca y est, le bateau est prêt pour de nouvelles aventures. Nous montons aussi un enrouleur de trinquette et faisons retailler le yankee du convoyage depuis Seattle pour en faire une trinquette. Elle s’adapte parfaitement. Nous profitons des prix générés pas un taux de change intéressant du dollar par rapport à l’euro pour effectuer quelques investissements de maintenance du bateau. Nous commandons ainsi un nouveau WC, une nouvelle annexe en Hypalon, des panneaux solaires. A San Francisco, nous retrouverons avec plaisir Henry, un Français installé à San Francisco depuis une vingtaine d’années

et que nous avions rencontré à Panama alors que nous étions en attente de passer le Canal. Marie et Henry vivent au nord de San Francisco, dans une région viticole, et Henry bien sûr assemble lui aussi ses vins ! Nous quittons Coccinelle une nuit pour profiter de son hospitalité, il y a bien longtemps que nous n’avons dormi dans un lit immobile, avec douche à volonté le matin ! Merci Henry pour tes balades autour de San Francisco.


 Devant La ‘Maison Bleue’ de la chanson de Maxime Le Forestier ‘San Francisco’

La barge du Sausalito Cruising Club.




Aquatic Park, San Francisco. Un mouillage pour nous tous seuls au cœur de la ville.

Les embarcations de la baie, d’hier et d’aujourd’hui. A gauche, un voilier à l’étrave carrée tels qu’ils ont été décrits par Jack London. Et à droite, un ferry rapide moderne.

Alamo square, San Francisco.

A gauche, Cable car. A droite, Armelle au cerf volant, Alamo square, San Francisco.


Monterey et Santa Barbara.
Nous avons appris de la part des voileux de Sausalito une tradition San Franciscaine, celle qui consiste à crier ‘echooooooooooo’ en passant en bateau sous le Golden Gate. Le cri nous revient comme prévu, il salue aussi notre départ de San Francisco. Cette ville nous a bluffés, séduits. L’atmosphère qui s’en dégage est à la hauteur de sa réputation. Nous passons une nuit à Half Moon Bay, là où se situe la fameuse vague de Maverick, l’une des plus difficiles au monde à surfer, notamment en raison de la plage qui n’est que rochers. Puis nous mouillons à Monterey, après avoir croisé le sillage de quelques baleines. C’est la ville de John Steinbeck. Elle servit de cadre à quelques uns de ses romans. Pour la petite histoire, c’est également tout près de Monterey, à Salinas, que mourut James Dean, à 24 ans, au volant d’une Porsche qu’il venait de s’offrir. Quelques semaines plus tôt, il avait participé à un clip de prévention contre la vitesse au volant…
Puis nous doublons trois jours plus tard le cap Conception, qui marque notre entrée dans la Californie du Sud. On y retrouve bien sûr des conditions plus clémentes, notamment de température. Entre les Channel Islands et le continent, de nombreuses plateformes de forage ont été ancrées au fond de la mer, ce samedi matin, une fuite a recouvert la mer d’une pellicule de pétrole, la ligne de pêche va en ressortir toute pleine de graisse ; l’odeur est plus que désagréable, et nous accompagne jusqu’à Santa Barbara. Après avoir mouillé dans le port à l’extérieur du chenal, d’où nous nous sommes faits déloger en moins de 30 minutes. Et après avoir mouillé à deux milles de là parce qu’il est désormais interdit de mouiller sous la protection à l’extérieur de la jetée, la petite heure que nous avons passé là à rouler bord sur bord a suffit pour nous convaincre de remonter l’ancre et de passer la nuit au port. Nous le savions, et il sera désormais difficile de mouiller sur ancre, nous n’aurons d’autre alternative que d’amarrer Coccinelle dans des marinas. Santa Barbara est hispanique, cela se sent dans son architecture, son climat aussi bien sûr. Ca y est, nous avons rattrapé l’été !

Los Angeles, California.
Puis nous arrivons à Marina del Rey, le plus important port de plaisance de Los Angeles. Petite histoire encore, c’est dans cette grande marina que se noya Dennis Wilson, frère de Brian et batteur des Beach Boys, après être tombé de son voilier lors d’une soirée trop arrosée. Nous avons rendez-vous à Santa Monica, dans la banlieue de Los Angeles, avec Rick et Marc, un cousin (très éloigné) d’Armelle, et leurs deux enfants Robbie et John. Ils nous proposent gentiment de nous installer chez eux pour quelques jours, ce sera plus simple pour se déplacer. Bien sur on ne se fait pas prier, d’autant plus que Coccinelle est amarrée en sécurité, avec ses anges gardiens, les éléphants de mer… En plus, Marc nous invite à célébrer Thanksgiving avec sa famille, chez son frère. Ce sera pour nous notre réveillon de Noël, puisque pour le 24 décembre nous serons quelque part entre la Californie et les Marquises, au beau milieu de l’Océan Pacifique. Puis Rick nous fait visiter Los Angeles, selon un circuit bien rodé : la tombe de Norma Jean Backer, alias Marilyn Monroe, le Mall of Frame, bien sûr, à Hollywood, là où toutes les stars se doivent de laisser leurs empreintes sur le trottoir, le Chinese Theater, où se déroule la cérémonie des Oscars, ou encore Beverly Hills. Un soir, Apolline et Camille restent avec Marc, et Rick nous entraîne à une soirée dans un temple de la magie. On doit se saper, robe pour Armelle, costar cravate pour moi (non, c’est Marc qui m’a prêté ce qu’il faut, je n’ai pas de veste ni de cravate à bord !). Ce lieu, réservé aux membres, et Rick est membre, est une espèce de manoir où l’on peut dîner, et assister à différents spectacles de magie, la femme coupée en deux, un spectacle de transplantation, des jeux de cartes, foulards. On y passe une bonne soirée. Nous restons particulièrement perplexes devant un hibou empaillé qui, derrière l’un des bars, répond par oui ou par non aux questions qu’on lui pose, ça c’est de la magie !
Nous terminons notre séjour chez les cousins à Los Angeles par une visite au musée des Sciences, où l’on a pu visiter une exposition sur Pompéi, voir une capsule Mercury, une Gemini, la capsule Apollo de la mission Apollo Soyouz de 1975, et même la navette spatiale Endeavour. Nous avons désormais au sein des cousins Français la palme du mode de transport le plus original pour nous rendre d’Europe en Californie, puisque nous sommes venus en voilier ; la palme précédente appartenait à un autre cousin, qui lui était venu au volant d’un vieux Land Rover depuis l’Amérique du sud… Bon, le moyen de transport le plus usité pour aller d’Europe à la Californie reste tout de même l’avion. Puis Coccinelle parcourt les quelques dizaines de milles qui séparent Marina del Rey de Long Beach, un port industriel gigantesque accolé à celui de Los Angeles. La jetée qui protège ce mouillage où attendent des dizaines de navires, pétroliers géants (jusqu’à 66 mètres de large !) et autre porte containers, mesure plus de 10 milles, soit près de 20 kilomètres ! Nous y pénétrons et venons mouiller à quelques centaines de mètres du Queen Mary 1, l’original, qui traversa l’Atlantique 1001 fois au cours de ses 30 ans de carrière, entre 1936 et le début des années 60, quand il fut désarmé et transformé en hôtel. On n’y reste pas bien longtemps, une seule nuit, avant que nous ne nous en fassions déloger par un  bateau de patrouille. Nous avions prévu de naviguer jusqu’à San Diégo, où nous avions un autre colis à récupérer, mais ce détour ne nous rapprochant pas de la Polynésie nous avons finalement loué une voiture pour nous y rendre, sur une autoroute qui par moments aligne deux fois neuf voies !
Le 6 décembre, après avoir fait les pleins, d’eau, de gazole, de vivres frais, fruits et légumes, yaourts, fromage, sans avoir oublié de se rendre à l’immigration pour officialiser notre sortie des Etats-Unis, nous sommes partis pour 25 jours de mer, direction les Marquises, et l’île de Hiva Oa, à près de 6000 km de là.


Hollywood, le Walk of Frame, Camille pose à côté de l’étoile de Steven Spielberg.
A droite, les empreintes de John Travolta.

A gauche, la navette spatiale Endeavour. A droite, une Coccinelle de Californie.

Long Beach, le Queen Mary est un hôtel.

Un dimanche après-midi,  juste avant notre départ pour les Marquises, nous partons naviguer avec les cousins d’Amérique devant Los Angeles.

San Francisco vu par Apolline


Les souvenirs de Camille à San Francisco






vendredi 26 septembre 2014

L’Alaska, the far north !

Par : Armelle.












Malgré notre récente mésaventure nous sommes bien décidés à profiter de l’Alaska. Nous irons juste un peu moins nord que prévu, plus vite qu’initialement envisagé, et dans une seule direction : le sud. Notre condition d’éclopés ne choque pas vraiment les marins de Sitka car ici les bateaux de pêche ont tous un mât de chaque côté, pour la pêche au saumon. Par contre on s’étonne un peu de voir nos filières sur bâbord un peu défoncées, et les chandeliers tordus. Assez inconvenant au milieu de tous ces yachts à moteur parfaitement bien entretenus. Mais il s’agissait là d’un petit détail rapidement réglé par le Capitaine à l’aide de quelques bouts de tube d’aluminium et de deux serre-câbles. Et voilà notre Coccinelle changeant de genre pour un temps et se fondre, tant bien que mal, dans la masse des motoryachts.

A couple de Spirit qui nous a offert un super accueil 
malgré notre allure négligée

La ville de Sitka

L'une de ses nombreuses marina

Les mâts des pêcheurs sont nombreux... un de plus, un de moins !


Alaska dream.
Les voiliers sont peu fréquents ici. Nous en comprendrons vite la raison. D’une part, il y a les marées dans l’Inside Passage, en Alaska et plus tard en Colombie Britannique, elles génèrent des courants forts, évidemment contraires la moitié du temps. Le vent quant à lui, quand il y en a, est orienté dans le sens des canaux, nous avons donc une chance sur deux de l’avoir portant ; et une sur deux également de le voir souffler dans la mauvaise direction. Il peut s’accompagner d’un petit clapot rageur qui devient alors très handicapant pour un navire qui ne possède ni les chevaux suffisants, ni l’inertie d’une carène adéquate. Et plus de voiles pour faire route en sécurité. La moindre petite vague générée par l’un ou l’autre des bateaux que nous croisons déclenche à bord un branle-bas de combat pour rattraper à la volée les objets qui ‘du temps d’avant’ restaient statiques. Sans mât, les mouvement de notre Coccinelle ne sont plus du tout les mêmes. Il nous faudra quelques jours avant d’adopter d’autres réflexes, plus adaptés à notre nouvelle monture, au comportement désormais nettement moins marin. Il nous faut se ré apprivoiser.

Au mouillage devant la ville, le bateau est à nouveau sécurisé

Le temps de reprendre nos esprits, de laisser le mauvais temps passer, nous visitons la ville de Sitka. Une petite ville portuaire, toute en longueur, à flan de montagne, comme la plupart des villes alaskiennes : en effet, les chaînes montagneuses descendent le long de la côte, et limitent ainsi très vite les possibilités d’extension urbaine vers l’intérieur des terres. Sitka est une ville assez ancienne : 200 ans ! Un grand âge à l’échelle historique de l’Alaska. Elle fut fondée par les Russes (après en avoir chassé une communauté indienne, comme de coutume à l’époque), avant que les Etats-Unis n’achètent ensuite l’Alaska. Nous découvrons donc une ville assez typique, faite de jolies maisons en bois, colorées, sur pilotis lorsqu’elles sont sur le littoral, avec une économie très active en cette saison, basée sur la pêche (au saumon, au crabe, au flétan), ainsi que sur le tourisme, et dont les structures reposent essentiellement sur l’accueil des nombreux paquebots de passage.

maison typique

Nous partons nous promener dans le parc à totems et découvrons un art nord-américain au style très particulier, quoiqu’il nous rappelle très franchement celui des polynésiens dans le traitement des visages et des postures. On en devine une origine commune. Très lointaine évidemment puisque les Polynésiens comme les indiens d’Amérique viennent d’Asie ! Les totems semblent chacun nous raconter les histoires ou légendes des tribus indiennes en représentant par empilement des animaux sacrés, ou encore des chefs de guerre. Nous nous enfonçons dans la forêt et nous laissons emporter par le passé aux figures souvent inquiétantes.



Au mouillage, après quelques loupés, nous apprendrons vite à retenir les heures de pointe : celles du décollage le matin, puis de l’atterrissage en fin d’après-midi. De qui donc ? Mais des hydravions bien sûr. Un spectacle pour lequel nous avons la chance d’être aux premières loges, et dont nous ne nous lassons pas (et plus particulièrement le Capitaine qui peine à mettre dans son caméscope les bonnes images). Le plan d’eau est très bien protégé des vents et de la houle (et de toutes façons il n’y a pas de vent…), et les hydravions décollent ou atterrissent dans le chenal, à quelques mètres duquel nous sommes mouillés.



En général, partout dans le monde, là où il n’y a pas de transport en commun, on se déplace en taxi, et bien en Alaska c’est la même chose, sauf qu’ici les taxis sont aériens. Chaque petite communauté isolée, village, ou même simple cabane de pêcheurs, dispose d’un petit ponton, apte à recevoir les flotteurs d’un hydravion. Ces petits aéronefs se posent aussi bien sur l’eau que sur la terre et ils s’avèrent parfaitement bien adaptés à ces grands espaces accidentés. Ils narguent les bateaux cloués sur l’eau et arpentent les canaux, les flans des montagnes, le fond des fjords avec une aisance déconcertante. Libres comme l’air, cependant un peu bruyants au décollage, ils animent le paysage en lui donnant un caractère romanesque. Leur passage au dessus de notre pont, privé de mât, nous laisse à chaque fois une promesse : celle d’une liberté retrouvée lorsque nous aurons de nouvelles ailes.

Déjà une semaine que nous sommes à Sitka, la météo est bonne : peu de vent, un beau soleil, pas de brouillard (nous n’avons plus d’antenne radar, elle aussi gît au fond du Pacifique). Il est grand temps d’entamer notre route vers le sud. Grâce aux bons conseils de nos voisins, nous avons déjà une idée des possibles escales qui nous permettront à la fois de trouver une connexion Internet, indispensable pour continuer notre recherche d’un mât d’occasion, et aussi de garder un contact régulier avec notre assureur, tout en profitant au  maximum des curiosités naturelles qu’offre l’Alaska. Notre parcours va consister à slalomer dans un dédale d’îles et de canaux, en évitant les courants et les vents contraires, les bancs de brouillard ainsi que les passages exposés à la houle du large. Notre but : rallier le sud de la Colombie Britannique, au Canada donc, et un peu plus loin la ville d’Anacortes, dans l’état de Washington, côté états-unien, où nous sommes en contact avec un chantier qui serait apte à remettre un mât (neuf) sur Coccinelle, si nous n’arrivions pas à en dénicher un d’occasion. A vol d’oiseau, la distance est de 700 milles environ, mais la route réelle en compte plus de 850.

Le trafic est intense dans les Inside Passage
Voilà un stock de mât qui ferait l'affaire !
Dès le deuxième jour de navigation nous rencontrons des baleines. Les filles sont médusées, et nous aussi. Quoi de plus magique que de les voir évoluer dans un paysages aussi majestueux, composé de pics enneigés plongeant dans une mer sombre, et bien souvent finalement sous un soleil radieux. Un spectacle renouvelé à plusieurs reprises, toujours avec bonheur pour l’ensemble de l’équipage. Nous progressons jour après jour en passant la nuit dans des petits mouillages forains bien abrités. Parfois notre navigation est interrompue plus tôt que prévu à cause du courant, ou encore d’un vent contraire.


Un p'tit coucou...

Et puis s'en va.

Une Coccinelle au pays des glaciers.
Nous faisons une petite excursion dans la baie d’Edwards. Les cartes révèlent un glacier qui semble vêler jusque dans la mer. Allons voir ! Nous pénétrons sans mal dans le fjord, pour cause le glacier ne déverse plus aucune glace, il s’est retiré à plus de 500 mètres du rivage. Quelle déception ! Le spectacle est toutefois saisissant, et nous décidons de venir mouiller le plus près possible. 

Baie d'Edwards


Malheureusement, là où les cartes indiquent qu’il serait possible de mouiller, la froide analyse du sondeur nous ramène à la réalité : les fonds remontent de 50 à 3 mètres et ce à 50 mètres du bord, le tombant ne devrait pas se trouver là. N’étant pas encore prêts psychologiquement à nous lancer dans l’aventure, nous abandonnons et partons passer la nuit dans la baie d’à côté.



Equipement complet pour une petite excursion à terre.

Camille attendant l'ours.


Nous continuons vers Petersburg, où nous resterons le temps de laisser passer un front. Nous découvrons une petite ville à l’allure un peu délabrée et qui dégage une forte odeur de poisson (impression sans doute faussée par la pluie et la grisaille), mais qui laisse deviner, au détour de certaines petites rues, le charme des restes d’une époque chargée d’aventures dans un décor de Far West ‘boréal’. Un temps où se mêlent des histoires de chercheurs d’or, de trappeurs, de gangsters, de saloons et de filles de joie. Celui que se racontent encore les corneilles perchées sur les façades de la grand-rue, témoins jadis des règlements de compte expéditifs. Et celui que nous rappellent toujours les chapeaux de cow-boy que portent ici les pêcheurs, au comptoir des bars comme en mer. Une dernière chose, concernant la garde robe du touriste comme de l’indigène en Alaska : aux pieds des bottes toujours tu porteras !

Petersburg

La marina compte quelques voiliers. Nous retrouvons avec plaisir l’atmosphère des petits ports de plaisance d’un hiver breton, où l’on aime arpenter les pontons. Cette fois notre attention est plutôt tournée vers leur gréement. On fait notre marché, on rêve et on les jalouse. Certains de ces voiliers montent dans le grand nord, d’autres viennent de faire le passage du nord ouest. Peu redescendent comme nous, c’est encore tôt.

Un squat de phoques sur la balise qui précède l'entrée de Petersburg
Une brève éclaircie et nous nous échappons le temps d’une nuit vers le fjord du glacier Le Conte. Il s’agit du glacier le plus au sud de l’Alaska ; et accessoirement du continent nord américain. Le glacier Le Conte déverse beaucoup, beaucoup de glace. En approchant de l’embouchure du fjord, encore à une douzaine de milles du glacier, nous apercevons nos premier growlers. Ils se détachent du paysage par la puissance de leur éclat bleu. Nous les croisons lentement. Les filles sont émerveillées. Ce sont leurs premiers glaçons. Elles s’étonnent de la multitude des formes qu’ils peuvent prendre. 



Avec Gilles, nous avons déjà connu les glaces du grand nord, celles du Spitzberg. Il s’en suit une navigation zigzagodromique en direction du fond. Il bruine, mais à l’intérieur, le poêle ronronne. Nous réduisons notre vitesse, la glace devient de plus en plus dense. 




Le spectacle est grandiose bien qu’un peu terni par le grain noir qui nous rattrape. A chaque virage, le passage se réduit un peu plus. La fin de la journée approche, il faut penser à la distance qui nous sépare de notre mouillage. La prudence, vu notre condition, s’impose, mais c’est notre dernière chance d’apercevoir un glacier sur la mer. Et finalement ce grain, qui semble avoir la même curiosité que nous, vient clore le débat. Nous renonçons avant même d’avoir pu apercevoir le glacier. Mais nous nous consolerons avec un joli coucher de soleil, la pioche à quelques encablures d’un glaçon élu ‘voisin de prestige’ à la majorité par l’ensemble de l’équipage.


Le lendemain matin, un de nos petits matelots, premier levé, alerté par un bruit sourd de tonnerre, jette un œil encore tout ensommeillé à travers les plexi du roof et assistera à la bascule d’un gros bloc de glace, de la taille d’un autobus, métamorphosant notre ex-imposant voisin. Quelques secondes passent et Coccinelle, toujours aussi brutale à la moindre vague, réveille le reste de l’équipage par deux p’tits coups de roulis.

Le temps s’améliore. Le vent de sud qui empêchait notre progression s’affaiblit. Nous repartons de Petersburg. A nouveau des heures et des heures de moteur nous permettent de rallier la petite ville de Ketchikan. Notre dernière escale Américaine avant le Canada etla Colombie Britannique. En chemin, nous faisons escale dans une petite baie, à l’abri des champs de vagues générés par les nombreux cargos, barges et paquebots qui sillonnent cette même route. A l’aube, un voisin peu commun vient prendre place juste à côté de notre voilier : une… maison ! Une maison qui avance tranquillement droit vers nous avec des feux de navigation fixés à la rambarde de la terrasse qui devance sa façade. Et comme Gilles voit exactement ce que je vois j’en déduis que nous ne sommes pas en train de rêver. Nous finissons par entendre le ronron d’un moteur, puis sa fumée et seulement enfin l’artifice de cet étrange apparition : un petit bateau à moteur qui pousse un ponton en Y, lui même appuyé à l’arrière de la maison. Simple et astucieux.


Cet OFNI semble être finalement un outil de travail plutôt qu’une maison de vacances itinérante. Pas le temps de faire connaissance nous devons reprendre notre route, la marée n’attend pas !

Ketchikan, capitale du saumon.
A Ketchikan, comme à chaque fois que nous sommes séduits par un lieu ou une rencontre, nous resterons un peu plus longtemps que prévu. Et puis, il y a du WiFi, et nous cherchons un mât. Après une nuit peu confortable au mouillage devant la ville, nous prenons place dans Thomas Basin, au yacht club de Ketchikan, juste en face de la vieille ville. Celle-ci se compose d’un vieux quartier de maisons sur pilotis encadrant le cours de la rivière du même nom, devenues aujourd’hui des boutiques d’artisanat et de souvenirs mais qui furent autrefois le cœur du quartier chaud de la ville, attirant les aventuriers de passage en quête d’exutoire. Le reste de la cité, plus récent, ressemble à une petite ville artificielle et s’étend le long d’un immense débarcadère, le long duquel peuvent s’amarrer jusqu’à cinq paquebots géants… simultanément ! On y trouve quasi exclusivement des boutiques de souvenirs, d’artisanat, de glaces et de gâteaux qui fonctionnent à plein régime de juin à septembre. L’ensemble appartient aux sociétés d’exploitations de paquebots. Le reste de l’année tout le quartier s’éteint. Les stocks de bijoux sont envoyés dans des boutiques aux Caraïbes, précédant de peu la transhumance des paquebots et de leurs touristes qui retrouveront, dans un paysage différent mais navigant à bord des mêmes bateaux, les mêmes bijoux.

Notre préférence ira sans hésitation au premier quartier, vous vous en doutez. 

Ketchikan Creek

A partir de 17h00, après le départ de l’ultime paquebot du jour, nous aimerons flâner sur ses chemins de bois, remonter le cours de la rivière en contemplant ces milliers de saumons luttant contre le courant et sautant dans les rapides pour remonter le flot de la cascade. Certains finissent avec un hameçon dans la gueule, harponnés par un des nombreux pêcheurs du dimanche, d’autres se retrouvent entre les griffes d’un ours ou le bec d’un aigle. C’est le triste sort de tous les saumons sauvages en cette saison. Parfois un saut spectaculaire fait scintiller hors de l’eau les écailles de l’un d’entre eux. On pourrait penser qu’il vient d’échapper à un prédateur. Il s’agit en fait d’une manœuvre de ponte. Une chose est sûre c’est qu’ils vivent tous leurs dernières heures et la condition impérative pour que le spectacle se renouvelle chaque année c’est de parvenir à libérer ses œufs avant la mort. Celle-ci est cruellement inéluctable après la ponte des femelles.

A Ketchikan nous retrouvons l’ambiance chaleureuse des yachts club que nous avions connue à Hawaii. Nous faisons la connaissance d’une famille américaine (comptant autant d’enfants que les Barbapapa !) qui préparent leur départ en bateau. Avec eux nous goûterons le saumon pêché du jour par l’ainé de la famille. Excellent et bien moins gras que le saumon d’élevage ! Depuis les pontons de Ketchikan Creek, Molly me raconte que dans l’ancien temps les ours venaient ici se gorger de saumon. Aujourd’hui peu farouches car habitués à la présence des hommes, ils s’aventurent encore dans la ville et font parfois les poubelles du Yacht Club à l’aube. Mais d’ours jusqu’à présent nous n’en avons point vu. Il semble que nous allons quitter l’Alaska sans faire leur rencontre…

Thomas basin à Ketchikan, ponton du Yacht-Club

Gilles passe une grande partie de ses journées à chercher un mât sur Internet, recueillant quelques conseils des marins du coin. Des pistes s’ouvrent, avant de bien vite se refermer. Nous ferons une autre rencontre, aussi sympathique qu’hasardeuse : abordés dans un bar sous le prétexte que nous avons des allures de ‘sailors’. Debbie et Mike ont l’œil averti, et pour cause : marins au long cours, ils ont  sillonné le Pacifique pendant de nombreuses années, leur bateau se trouve actuellement en Turquie et dans quelques semaines ils repartiront à bord. Ils se prennent vite d’empathie pour nous et tentent de nous remonter le moral en nous proposant une virée en voiture à la recherche de l’ours noir. Rendez-vous pris dès le lendemain suivant les horaires de marée. Nous nous rendons à l’embouchure d’une rivière plus au sud. A peine arrivés nous serons honorés de la visite d’une maman ourse au pelage sombre et de ses deux petits. 

The black bear ! 

Tout d’abord un peu craintive, elle reste à l’écart, hésite, se retourne souvent pour regarder ses petits. Ceux-ci sont attentifs au moindre signe de leur mère, restent en retrait ;  prêts à grimper dans les arbres à la moindre alerte, ils ne rejoignent leur mère qu’au bon signal. Lentement, celle-ci s’approche de l’embouchure, vient goûter l’eau de la source. Ses petits la suivent et nous restons là, juste en face, de l’autre côté de la rivière, à les regarder se promener. Puis ils disparaissent à nouveau dans les bois. Ils ne semblaient pas avoir faim, contrairement au couple d’aigles qui se dispute bruyamment un saumon non loin de la scène. 


Un beau spectacle de la nature qui restera un des meilleurs souvenirs de l’Alaska.


Nous repartons le cœur gros. C’est notre dernière escale avant de quitter l’Alaska. Les ours, les aigles mais aussi les visages rencontrés à Ketchikan en marquent joyeusement la fin.