vendredi 26 septembre 2014

Un refit et un timing sur mesure pour Coccinelle

Par Armelle.

Blackline Marine (www.blacklinemarine.com) se niche au fond d‘une toute petite baie, Canoë Cove, à proximité immédiate du port des ferries qui desservent l’île de Vancouver depuis le continent. 

L'un des nombreux ferries qui sillonnent les eaux intérieurs de la Colombie Britannique et de L'Amérique du Nord

Le site est absolument incroyable : un petit coin du Golf du Morbihan en un peu plus nordique, une petite marina avec tous les services que l’on peut espérer, un bon mouillage juste à l’entrée, un chantier au multiples compétences avec un patron super compréhensif, et enfin et surtout un mât Isomat 60 avec sa bôme, celui là même qui équipait notre pont jadis et qui n’attendait que nous, à bon prix. S’il y a une fée des marins, c’est ici qu’elle se trouve en ce moment même. Et elle est avec nous! 

Une partie des infrastructures qui équipent la baie de Canoe Cove

Les hangars à bateau sont nombreux dans cette région

Macintosh (c'est le surnom que l'on donne à tous les phoques que l'on rencontre), gardien de notre mouillage.

En quelques heures notre situation se renverse totalement. Il faut vous préciser que pour nous le choix d’un mât d’occasion était la seule solution viable financièrement et que nous étions pratiquement décidés à passer l’hiver en Colombie Britannique si nécessaire. Brent nous annonce qu’il est en mesure de poser le mât dès début septembre. Nous réalisons alors que nous allons même pouvoir quitter la Colombie Britannique avant la mi-septembre comme prévu initialement, donc avant l’arrivée des dépressions automnales.
Les quelques jours qui ont suivi sont euphoriques et bien remplis. Nous quittons Vancouver le 26 août pour un marathon de plus de 10 jours, pendant lequel Brent et ses collaborateurs du chantier nous feront un excellent accueil, devançant même nos besoins. Un travail acharné mais dans la joie et la bonne humeur et tout le monde s’y est mis, même nos petits matelots ! 

Petit moment un peu stressant : la coupe du mât

On le bichonne car il est à nous !

Le 3 septembre notre Coccinelle retrouvait un mât. 

Le 07 nous filions au moteur sur Anacortes. Le 08 nous nous rendions à Seattle en voiture pour récupérer quelques colis, voiles d’occasion et enrouleur de trinquette. Nous économisions ainsi quelques dollars et gagnions du temps de livraison. Le 09 à l’aube nous quittions le détroit Juan de Fuca qui permet depuis le large de rallier Seattle et Vancouver, avec une bonne fenêtre météo, et laissions toutes nos inquiétudes et notre culpabilité loin derrière dans notre sillage. Nous avons enfin rendu à notre Coccinelle ses ailes et sa liberté, moins de deux mois après notre démâtage. Nous avons largement limité les frais et nous sommes dans les temps. 

Une affaire rondement bien menée !

Un grand grand merci à Lulu, toujours dispo et super réactif pour nous aider à effectuer nos paiements à l’étranger. Ainsi qu’à nos amis de Titeuf, pour l’ouverture d’une cellule psychologique et sa gestion intensive depuis ce mauvais jour. Et tous ceux qui par leurs mails d’encouragement nous ont soutenus. Parce que plus d’une fois nous nous sommes demandés comment nous allions bien pouvoir nous sortir de cette galère !

Nous garderons un excellent souvenir de notre séjour à Canoe Cove. Sans doute bien plus riche et intense que si nous étions venus en simples visiteurs. Nous y avons fait aussi la rencontre d’une sympathique famille francophone, grâce à laquelle nous avons renoué avec l’esprit de notre voyage.

La baie de Anacortes peu avant de reprendre enfin le large

Le mont Baker (côté américain), omniprésent dans le paysage

Et quelques jours de mer plus tard, nous arrivions à Eureka, en Californie.

samedi 19 juillet 2014

Traversée Hawaii Alaska

Par Armelle


Encore un autre départ, d’autres séparations et un autre océan, le pacifique nord qui comme les autres en guise de bienvenu ne ménagera pas nos oreilles internes. Allez hop direction le fond de ma couchette pendant près de 2 jours, je ne lutte même pas cette fois. Heureusement le Capitaine encaisse stoïquement le rodéo et assure toutes les fonctions du bord en attendant que je refasse surface. Puis à nouveau le rythme configuration ‘off-shore’ du bord s’installe. Celui que l’on vous a décrit mainte fois, alors je ne me répèterai pas.
Du nouveau, du nouveau voyons voir ! Ah oui ! :

Quand un petit oiseau tout noir rencontre une coccinelle

Une fin de nuit un petit oiseau vint trouver refuge sur le dos de notre coccinelle. Une chance inespérée pour lui car les radeaux de fortune se font rares par ici. Noirot, c’est le prénom qu’il reçut aussitôt, proposée par Camille (il est tout noir des pattes au bec !), n’est apparemment pas venu pour faire causette, ni pour faire ripaille mais plutôt pour profiter d’une monture à bon marché le temps de reprendre des forces. Nos tentatives pour le remplumer resteront vaines. Et l’air un peu boudeur mais surtout terrorisé, il restera prostré dans le fond du cockpit, nous tournant le dos, le nez dans le dalot toute la journée. Malgré son humeur taciturne les filles vont vite adopter ce nouveau compagnon. Pour moi étant toujours à l’affût de leçons de choses pour mes deux petits écoliers du bord, je profite de leur curiosité pour aborder certaines notions du programme scolaire, ‘en tenant à peu près ce discours’ :
__« Oh oh ! Regardez son bec comme il est crochu, ça veut dire qu’il est plutôt chasseur-pêcheur ou cueilleur ? …mmh ? A votre avis est-ce que c’est pratique de picorer des graines avec ce bec ?... Ben non ! Oui c’est ça, il chasse …ou il pêche. Ca veut dire qu’il est ? … Qu’il est ? … CARNIVORE ! Et oh ! regardez il a les pattes palmées, c’est donc un …. ? un …. ? allez les filles… un NAGEUR ! » Surtout prendre un air enjoué et non d’institutrice sinon l’attention décroche et c’est foutu. Et comme je n’ai toujours pas compris la nuance les filles découvriront vite le subterfuge et je n’aurai pas le temps de finir ma leçon sur les oiseaux migrateurs car je serai vite interrompue sur un ton soupçonneux et accusateur :
_  « Maman c’est d’l’école ! »
_ « Non non j’vous assure ! », fais-je aussitôt la mine peut-être un peu trop innocente car je n’ai pas le temps de développer ma défense, mon assistance a déjà disparue.
Le 1er soir venu Noirot tentera une échappée, soldée par une lamentable rétamée contre le radeau de survie, situé dans le fond du cockpit donc c’est peu dire. Retour à la case départ avec résignation. Le second soir, la 2ème tentative de décollage se transformera plutôt en un plouf, devant les filles médusées mais très inquiètes de son sort devinant dans le clair obscur une petite masse sombre à la dérive qui s’agite au dessus de l’eau, prend son envol, se repose, redécolle maladroitement pour finir par se perdre dans la nuit. Les filles se coucheront avec mille et unes pensées vers Noirot. Va-t-il parvenir à terminer son voyage, à pêcher sans se noyer et surtout avant de se faire dévorer par un requin. Sur ce coup je m’en tirerai à bon compte et c’est l’institutrice qui bordera ses matelots en répondant :
« Mais non les filles, n’oubliez pas : c’est un migrateur, un pêcheur et un nageur ». Et hop remédiation ! (terme usité par le CNED qui consiste à revenir sur une leçon apprise en rappelant les grandes lignes, c’est comme ça qu’ça rentre !).

Considérations philosophiques d’un petit matelot découvrant la vie (et celle des autres) :
Cette visite imprévue sera également l’occasion Camille et moi d’avoir une petite conversation philosophique, complètement hors programme comme je les aime et qui a commencé à peu près comme ça :
_ « Maman pourquoi on fait toutes ces choses ? »
_ « Heu, qui on ? et quelles choses ? »
_ «  Ben les humains, pourquoi on a construit des maisons et toutes ces choses ? »
Ok ca y’est je commence à comprendre le sujet.
_ «  Tu veux dire pourquoi nous les humains ? »
_ « Oui, pourquoi pas les oiseaux ? »

Pour rebondir ainsi après moultes développements :
_ « Donc peut-être qu’un jour on pourra parler avec les oiseaux et ils se construiront aussi des maisons ? »

Tout en passant par là :
« Les castors sont sur le bon chemin alors ? »

Et qui nous a menés sur ce constat :
_ « Les dinosaures auraient sans doute mieux fait de miser sur l’intelligence, ils auraient pu aller habiter sur la lune le temps que la terre redevienne habitable. »

Pelotte et repelotte (de fil à coudre)

Il faut croire que notre petit oiseaux avait deviné le remue-ménage qui s’annonçait dans notre cockpit ce qui expliquerait son départ prématuré car le lendemain matin nous découvrons une déchirure sur le génois au niveau de la chute à hauteur des premières barres de flèche. Le Capitaine catastrophé par la nouvelle, voit là les conséquences d’un génois fatigué, prêt à rendre l’âme et donc à remplacer dès notre arrivée. Super nouvelle ! Encore un sacré budget qui va venir grêver la caisse de bord et que mon optimisme refuse d’envisager pour l’instant. Nous verrons ça plus tard, n’y pensons pas. Pour l’heure il faut s’atteler à la tâche. Après un petit sommeil rehausseur de moral, Gilles rassemble ses troupes, c'est-à-dire moi, et dirige les opérations : affalage de génois, transport dans le carré, couture et renvoi. Et hop l’affaire est réglée en deux heures de temps. Dans la joie et la bonne humeur… ou presque. Sauf que … le lendemain rebelotte ! Le génois se déchire à nouveau à la limite du patch que nous avons cousu. Conclusion, il faut refaire autrement, nous n’avons pas pensé à la trame du tissu qu’il faut éviter de suivre avec nos lignes de couture. Cette fois nous referons un patch plus large avec des coutures en diagonales par rapport à la trame du tissu du génois de manière à ne pas le fragiliser, puis un autre de l’autre côté, plus quelques révisons de coutures générales. Presque quatre heures de travail. Cette fois, pourvu qu’ça dure !

Une lente progression vers l’Alaska
Heureusement le temps est clément et nous a largement facilité l’entreprise. Depuis quelques jours nous évoluons sur une mer calme en négociant avec un petit vent parfois capricieux car évidemment dans le mauvais sens et très fluctuant. L’apathie général des premiers jours de mer avec ses alizés est loin derrière nous, vite oubliée. Les activités habituelles de chacun en mer ne changent pas pour autant : pour les petits : Lego-dessins animés-Lego et pour les grands : lecture-lecture-lecture. Avec cependant quelques nouveautés que le Capitaine a bien voulu concéder à bord. Pour moi un petit défi à relever avant notre arrivée : devenir maitre dans l’art du Rubikub, un passe-temps peu productif je vous l’accorde et très chronophage, mais ça tombe bien j’en ai à revendre et faute de pouvoir remuer mes guibolles je remue mes méninges. Pour les filles : une récente découverte : le claycraft, genre de pâte à modeler révolutionnaire que nos nouveaux amis d’Hawaii nous ont offert et qui a la particularité de sécher et donc de figer toute création. L’objectif de la traversée sera de fabriquer toute la famille Barbapapa ! Vous connaissez ? Cette famille multicolore et ingénieuse qui aime l’aventure et le voyage, zéro défaut, que des talents. Non, non, je ne fais pas un transfert !

Parmi nos lectures nous avons découvert le récit du récent tour du monde d’Olivier Mesnier : ‘Voyage autour du monde ...’. L’histoire d’une petite famille rochelaise partie en 2009, qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus en quête de nature sauvage et d’authenticité. Un récit en 2 tomes truffé d’anecdotes historiques. J’ai bien aimé l’un des motifs du voyage évoqué : celui de se faire de bons souvenirs pour les vieux jours dans notre ‘maison de campagne, en bonne compagnie, entouré de fleurs et de petits oiseaux’. Un livre que nous recommandons dans toutes les bibliothèques de bord. Quoiqu’un peu lourd et encombrant. A quand la version numérique ! (www.voyageautourdumonde-lelivre.com)

Cap au Nord, les degrés de latitude augmentent et celle des températures descendent.



Depuis notre départ nous faisons route plein nord, la route directe étant 23°. La tactique consiste à contourner l’anticyclone, situé au nord-est d’Hawaii, avant de faire route plus à l’est vers Sitka. Nous perdons près d’un degré de température chaque jour. Avant de partir nous avions prévu ce refroidissement et avions rangé toutes les affaires d’été et ressorti celles d’hiver. Les filles qui adorent la nouveauté se sont aussitôt jetées sur leurs gros pyjamas et leurs collants bien avant l’heure, arborant fièrement leurs nouvelles parures encore dégoulinantes de sueur. Dès la deuxième semaine de mer les couettes et les polaires refont surface et les filles, toujours avec un cran d’avance en réclament davantage et sortent bonnets, gants et écharpes, trouvant là matière à de nouveaux accessoires pour mieux endosser les rôles de leurs scénarios imaginaires évoluant cette fois dans des palais de glace perdus au milieu de montagnes enneigées. Elles prouvent encore une fois leur incroyable capacité d’adaptation, nous bluffant et nous laissant largement envieux, nous qui ne pouvons nous empêcher de pousser quelques grognements à chaque nouvelle couche ou paire de chaussettes ajoutées. Mais les plus à plaindre sont sans nul doute sont nos chers petits parasites en tout genre, cafards et charançons. C’est la débandade totale, le sauve qui peut ! Une remontée en surface moribonde pour tenter de trouver des températures plus clémentes, en vain. Et là pour une fois nous ne serons pas outrés de voir nos passagers clandestins rompre notre tacite accord, certes un peu facho, qui se résume par « Chacun chez soi ! », leur territoire étant cantonné en fond de coque.

Vers le 45ème nord, les levés de soleil s’accompagnent de températures intérieures avoisinant les 15°C, une bonne heure de Reflexe (chauffage autonome), pas trop car le gas-oil commence à se raréfier, et nous pouvons prendre notre petit déjeuner par 20°C qui se maintiendront toute la journée.

Une traversée difficile et pleine de rebondissements
Le temps se couvre et le brouillard s’installe. Nous sommes contents de notre nouvelle installation électronique : un émetteur AIS. Jusqu’ici nous n’avions qu’un récepteur AIS, prenant le partie qu’il valait mieux voir les autres qu’être vus et manœuvrer en conséquence. Principe sur lequel nous sommes revenus pour finalement adopter complètement l’inverse : lorsqu’on est petit, il faut avant tout être vu. Cela représente un investissement conséquent mais indispensable à notre avis lorsqu’on s’aventure dans des zones bien plus fréquentées et ou la visibilité est réduite par le brouillard. Les récits d’autres voiliers équipés de ce type de matériel nous racontant voir les cargos se détourner et passer à quelques milles de l’étrave ou du tableau sans avoir besoin de les appeler par VHF nous avaient vite convaincus. C’est un confort certains pour la veille et qui apporte bien plus de sérénité et donc moins de fatigue. Le temps de la corne de brume en plein brouillard est définitivement révolu !
Autre nouveauté à bord, deux bidons de gas-oil supplémentaires, ce qui nous fait un total de 170 litres. Heureusement vous verrez que ces quelques litres supplémentaires nous sauverons d’une situation qui aurait pu devenir très inconfortable.
Les vents de sud-ouest, prédis par les pilote chart, sensés nous porter jusqu’à Sitka à partir du 40ème Nord, se font capricieux, la faute à l’anticyclone du Pacifique Nord exceptionnellement timide cette année. Ben voyons ! On commence à avoir l’habitude des régimes exceptionnels. Et, paradoxalement, les jours précédents mais pour la même raison, ce régime perturbé, laissa passer quelques méchantes dépressions qui a nous fait douter pendant quelques heures de l’issu favorable de notre destination. L’une d’entre elle, heureusement peu virulente, nous a contraint à passer quelques heures à la cape, sous les vents et la pluie glaciale (appréciation de valeur sommes toute relative car n’oublions pas que nous venons de passer plus d’un an sous les tropiques). Nous observons les dépressions suivantes sur les cartes météo, celles qui se forment près du Japon et nous narguent déjà, semblant nous menacer de venir nous siffler dans les haubans si nous tentons de monter plus haut. On se sent pris au piège. Nous bouillonnons intérieurement, le moral au fond des bottes en nous disant : « MAIS QU’EST-CE QU’ON EST VENUS FOUTRE ICI ! ». Pendant un temps nous entrevoyons même un été résigné à San Francisco et regrettons nos plans extravagants, en quête de Grand Nord et de toujours plus d’originalité, nostalgiques des vents chauds et portants de nos chers alizés. Finalement, alors que nous faisions route plein Est depuis plus de 24h, la météo change soudain et nous offre une belle fenêtre à saisir pour monter. C’est parti, la Coccinelle reprend son Cap vers le Nord et le moral de l’équipage remonte en flèche.



Les démarrages successifs du moteur pour combler le manque de vent finiront un matin par achever la batterie de démarrage. Gilles me jette un regard noir, ruminant qu’il avait suggéré de la remplacer avant de partir. Proposition que j’avais rejetée prétextant qu’il serait temps de le faire lorsqu’elle montrera des signes de faiblesse. Grave erreur ! Nous solutionnerons le problème en lui attribuant une batterie de servitude. Pendant quelques heures nous avons pensé nous contenter de son démarrage manuel. Nous avons un moteur Yanmar 3GDM. Malheureusement la manœuvre est tellement laborieuse qu’on ne peut pas l’adopter en cas d’urgence. Mais nous savons maintenant qu’il est possible de le démarrer à la manivelle. Dommage ! L’idée d’un moteur qui se démarre uniquement à la force des bras nous avait grandement séduite pendant un temps. Pourquoi ce système a-t-il disparu des moteurs plus récent au lieu de se généraliser et s’améliorer ? 
Nous continuons en alternant moteur et voile dès que la brise se relève. Nous faisons des prédictions sur le reste de nos ressources en gas-oil suivant les calmes annoncés jusqu’à notre arrivée. Il est toujours difficile d’évaluer le meilleur compromis qui de toutes les façons est éprouvant pour les nerfs : entre voir la jauge de gas-oil diminuer sensiblement ou les voiles battrent à se déchirer… Nos efforts pour économiser un maximum de gas-oil s’avéreront finalement beaucoup plus utile car à quelques jours de notre arrivée nous imaginions finir les derniers milles au moteur pour cause de manque de vent. Cela se passera bien comme ça mais pour une tout autre raison…

Une fin de traversée avec pertes et fracas

Car à seulement 50 milles des côtes la dépression que nous étions sensés devancer nous rattrape. En fin de journée du jeudi 10 juillet le vent de sud-est cette fois revient puis monte progressivement. En milieu de nuit je réveille Gilles peu avant la fin de mon quart. Nous sommes déjà sous grand-voile seule à 3 ris et j’ai dû abattre car le bateau partait souvent au lof. Gilles prend le 4ème ris et décide de mettre à poste le tourmentin, juste pour essai car il n’y a alors que 30 à 35 nœuds. Les conditions sont encore tout à fait maniables pour faire route directe au travers vers Sitka.  Je vais me coucher. Pendant mon sommeil je sens le bateau qui glisse bien dans la mer. Au petit matin vers 8h je me réveille, prête à me lever j’entends alors un énorme fracas. Gilles se trouvait dans le carré avec les filles encore ensommeillées en train d’avaler un petit déjeuner. Le temps que j’enfile un pantalon j’entends Gilles crier : « Armelle on a perdu le mât ! ».
Gilles qui était déjà habillé se rend aussitôt sur le pont et constate que le mât est rompu au niveau des barres de flèche ainsi qu’à la base. Nous réfléchissons au moyen de récupérer ce qui pourrait l’être. Nous autorisons les filles à regarder des dessins animés dans leur cabine afin d’être entièrement disponible, puis commençons à libérer le gréement dormant. Rapidement le bateau fait un demi-tour complet, le gréement dans l’eau faisant office d’ancre flottant. Le tout se retrouve face au vent. On ne peut pas démarrer le moteur sans avoir libérer le tout car il y a un risque qu’un bout se prenne dans l’hélice. Dès lors il faut faire vite avant que les espars dans l’eau viennent endommager la coque. Alors nous décidons de tout larguer au plus vite. Pendant que Gilles sectionne les haubans au moyen d’une lapidaire je coupe les bouts de drosse et tente de libérer la bôme et les bastaques. Gilles termine de libérer étais, haubans et pataras à la main car le convertisseur alimentant la lamineuse tombe rapidement en panne. Et voilà en quelques minutes le tout disparait au fond de l’océan : Mât, bôme, grand-voile, génois sur enrouleur, trinquette et tourmentin. Pas le temps de réaliser. Nous vérifions que tout est clair au niveau du safran et de l’hélice. Nous pouvons maintenant démarrer le moteur. Dans notre malheur nous réalisons la chance que nous avons de n’être qu’à moins de 30 milles de Sitka et seulement 15 milles avant d’être en eaux protégées. Nous avons suffisamment de gas-oil pour regagner un abri sûr. Ouf ! Si le moteur tiens bon nous serons sauvés par nos propres moyens.
Vers 16  heures (heure Hawaiienne soit 18h, heure locale) nous entrons dans le port de Sitka. Nous nous amarrons à couple d’un motor-yacht. Patrick et Myriam, les propriétaires,  réceptionnent nos amarres. Et là un immense soulagement nous gagne, heureux d’être tous les quatre sains et sauf à bon port car pour la première fois de notre voyage nous avions sortis nos combinaisons de survie (juste au cas où). Le Capitaine peut enfin relâcher la tension et moi lui témoigner à quel point je lui suis reconnaissante d’avoir assuré jusqu’au bout sans jamais perdre le contrôle de la situation et toujours rester calme pour ne pas effrayer nos filles qui n’ont à aucun moment été effrayées. Elles ont découvert qu’il manquait quelque-chose sur le pont de notre Coccinelle qu’une fois au port le lendemain… Camille s’éclamera : « Mais le mât vous l’avez jeté au fond de l’océan ? Pourquoi ? Papa aurait pu le réparer. »
Patrick et Myriam sont américains, ont voyagés au long cours sur un voilier de marque Jeanneau pendant plusieurs années avant d’acheter un motor-yacht, plus adapté à la navigation en Alaska. Ils comprennent ce que nous ressentons. Rien ne sera plus précieux que ce petit verre de vin qu’ils nous offrirons dans leur cosy carré accompagnés de quelques mots de réconfort. Nous nous accordons sur le même constat : « Bad day ! ».

 A quelques milles seulement des côtes de l'Alaska, juste après notre démâtage


A partir de ce jour notre voyage prend une tout autre tournure. L’objectif étant maintenant de retrouver des ailes pour notre Coccinelle au détriment de ce que nous sommes venus chercher ici : les glaciers, les baleines et les ours. La saison est courte. Nous ne pouvons pas réparer ici. Il n’y a aucune structure capable d’assurer un refit de voilier. Cela prendrait trop de temps et nous serions immanquablement rattraper par la saison qui se termine dès le début du mois de septembre.
Il y aura bien des jours ‘off’, pendant lesquels on se dira : ‘Tout ça pour ça’ avec un brin de doute et de culpabilité, mais ne vous inquiétez pas nous chasserons vite nos démons et repartirons bientôt pour l’aventure. On a perdu nos ailes. On les retrouvera et on continuera notre voyage qui ne se terminera qu’une fois franchi les tours de La Rochelle…

Alors à suivre !...

Coccinelle au mouillage devant le port de Sitka en Alaska... 
Il manque quelque-chose n'est-ce pas ?

Hawaii

Par Armelle



L’escale aux îles Hawaii fut une étape essentiellement technique où nous avons pu abandonner notre Coccinelle en toute quiétude pendant notre séjour en France et où nous avons pu faire une remise à niveau de l’entretien du bateau profitant des infrastructures et nombreuses boutiques disponibles à Honolulu et si rares en Polynésie Française.

Big Island et ses cracheurs de feu


Il aurait été cependant très regrettable de ne pas faire escale à Big Island, la seule île au monde où l’on pouvait encore il y a quelques mois (dommage pour nous) admirer des coulées de lave se déversant dans l’océan. Néanmoins même si ce spectacle a fermé son rideau, il a laissé derrière lui un site époustouflant composé de cratères encore actifs, fumant et crachotant au milieu d’un paysage de ‘terre’ volcanique à la fois lunaire et maritime. Un site idéal pour reprendre contact avec la Terre avant de regagner l’agitation folle des buildings et centres commerciaux d’Honolulu.
Gilles s’est même offert un petit tour dans les airs.

Le Capitaine, prêt à embarquer dans les airs

 L'île de Hawaii s'est étendue de plusieurs centaines de mètre grâce aux coulées de lave successives








Honolulu, la zen attitude d’une grande ville pourtant bien agitée










Nous devons malheureusement rapidement quitter Hilo pour rejoindre Honolulu où nous trouverons un endroit sûr pour laisser le bateau. A notre arrivée dans le port de plaisance nous passons devant le Hawaiian Yacht Club. Un homme à l’allure genre vieux loup de mer avec pleins d’histoires à raconter nous fait signe que nous pouvons accoster. C’est tentant, ce n’est pas ce que nous avions prévu. Nous nous méfions des prix en général exorbitants des Yacht Club (ceci dit en adéquation avec les services offerts). Notre vieux loup de mer est déjà en train de tendre les bras pour réceptionner notre amarre. Attitude purement commerciale ou bienveillante ? Allez c’est Pâques on se laisse tenter. La semaine a été peu reposante depuis notre arrivée dans l’archipel, entre les courses d’Hilo, visites et achats et la navigation jusqu’à Oeho, nous n’avons pas encore récupérés. Notre vieux loup de mer s’appelle Ruddy et nous souhaite la bienvenue avec un accent fort américain. Il a effectivement sans doute pleins d’histoires à raconter mais avec la fatigue on ne comprend qu’un dixième de ce qu’il nous raconte. Après quelques jours de repos nous finirons par doubler la performance, ce qui reste encore bien insuffisant pour fraterniser, malheureusement on en restera là. Entre autres nous comprenons que nous sommes le samedi de Pâques et non le vendredi saint comme on le pensait, ce qui nous sera confirmé le lendemain matin lorsque les filles seront gentiment invitées à participer à la chasse aux œufs avec les autres enfants du Yacht Club. Maintenant le doute n’est plus permis, nous avons perdu une journée ! Quand ? Comment ? La fatigue de la traversée et le temps qui s’étire en mer que nous n’avons pas encore reconnecté au rythme terrien.

La chasse aux œufs de Pâques

Honolulu est une grande ville, très active mais cependant calme et détendue. Sans doute grâce à son activité touristique basée sur le farniente, les parcs, les plages, les grands hôtels avec piscine et cocktails, agrémentés d’un spectacle de toute une faune de surfeurs torse-poils déambulant autant sur le sable que sur le bitume, avec cette attitude cool qui leur est propre. Une philosophie qui se résume ici par une seule expression : « Hang loose ! ». Mais ici on l’arbore naturellement sans excès car les surfeurs d’Hawaii sont aussi la plupart du temps sur leur planche… et debout sur la vague ! Si si ! Cela existe. Les surfeurs, ceux qui ont fait la légende, ceux qui vont se prendre quelques vagues à l’aube avant d’enfiler un costume pour aller travailler. Ils sont là ! A Waikiki Beach ! Et on ne se lasse de venir les admirer.





Un métissage de culture
Nous découvrirons également une ville métissée, où polynésiens, asiatiques et américains se côtoient donnant un cocktail savoureux de trois cultures pourtant foncièrement très différentes. Un cocktail que nous découvrons à travers Tim et Yukiko, un couple américano-japonais. Ils sont jeunes, entreprenants, pleins d’attention pour nous car pleins d’enthousiasme pour notre projet, affectionnent la gastronomie que notre culture française nous permet de partager pleinement. La rencontre est tardive, à quelques jours seulement de notre appareillage pour l’Alaska. Nous sommes accaparés par les préparatifs et malheureusement peu  disponible pour nous investir dans une nouvelle amitié. Nous nous quitterons pleins de promesse, celle de se revoir ici ou ailleurs et de naviguer ensemble.

A Honolulu nous intégrerons vite la devise : « Pas d’roues roues, pas d’chocolat ! ». Nous nous équiperons du moyen le plus économe en la matière : le vélo. Ainsi nous gagnerons un temps précieux à pédaler dans les artères de la ville en quête d’un boulon, d’un pot de peinture ou d’un pot de yaourt nature. Les distances ne sont plus un problème tant que nos mollets sont motivés et bien souvent le préposé aux achats reviendra chargé comme un baudet car les centres commerciaux ne livrent pas. Heureusement Tim viendra à la rescousse et nous prêtera quelques chevaux motorisés pour finaliser nos derniers besoins en avitaillement et en diesel avant notre départ.

Autant vous dire à Hawaii notre caisse de bord va vite prendre une bonne claque. Les tentations sont énormes après plus d’un an de désert total de vitrines alléchantes et d’assauts publicitaires et les prix assez exorbitants. Le mardi 17 juin nous larguons les amarres soulagés de quitter cette ville perce-poche mais au combien attachante. Encore une longue traversée nous attend, plus de trois semaines et pour la première fois nous allons quitter les alizés et les tropiques, direction l’Alaska !


Carénage de Coccinelle avant la traversée pour l'Alaska,même les petits matelots se mettront à la tâche





Retour en France

L’idée était séduisante mais la réussite pas complètement garantie. Revenir en France pour nous signifiait abandonner Coccinelle et le rythme de notre voyage, faire une parenthèse dans l’aventure. Renoncer au côté puriste de notre projet, celle de passer les tours de La Rochelle avec notre Coccinelle et de n’y revenir qu’une fois la boucle bouclée. Et bien-sûr retrouver famille et amis, le confort d’une maison, les bons produits français sans risquer d’être pris par la nostalgie de notre passé de terrien, de notre vie d’avant… Ouf ! Rien de tout cela ne fut remis en cause, nous avons chassés nos démons (pour reprendre l’expression d’un navigateur célèbre) et sommes revenus pleins d’heureux souvenirs dans la tête et les valises pleines à craquer !

Les p’tits bonheurs reçus ou retrouvés
Ainsi parmi tant d’autres nous n’oublierons pas :

La rencontre de Rose, la petite dernière née de la famille.
« Chère petite Rose, nous avons déjà loupé tes quatre premiers mois de vie et nous allons encore en louper pleins d’autres alors vite vite profitons-en, un petit câlin, un échange de sourire, ta petite main qui entoure mon grand doigt, ça y’est les présentations sont faites et mon cœur est conquis. »

L’accueil chaleureux de mon grand-père qui, nous attendant sur la terrasse de sa maison, nous a déclamé un célèbre poème de Joachim Du Bella, si appropriée au retour des voyageurs. Et qui commence ainsi :
 Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 Merci à toi Dad de nous rappeler ainsi l’objectif d’un voyage à ne jamais perdre de vue !

Le poulet du dimanche, celui qui a courut dans le pré des Quatre Vents toute sa vie durant et qui se partage avec bonheur en famille, accompagné de délicieux légumes du jardin tout en dégustant le cidre de la dernière cuvée qui ne manquera pas de recueillir les appréciations de chacun.

La visite ‘presque’ surprise des cousins de Paris et de tous mes cousins de Lyon. Merci à vous et chapeau bas car vous êtes toujours là au rendez-vous.

Et tous les merveilleux festins que tous nos hôtes nous ont préparés, rivalisant de plaisirs culinaires et touchant nos cœurs par la gentillesse de toutes ces attentions à notre égard.
Un grand grand merci à tous !

Et puis un grand regret pour nous de n’avoir pas pu profiter de notre passage en Bretagne pour rendre visite à tous ceux que l’on aurait souhaités. Les travaux de la maison nous ont complètement accaparés. Cela ne devait pas se passer comme ça, croyez-nous. On se rattrapera la prochaine fois c’est promis !


En prime un petit tour dans l'une des plus belles villes du monde pendant notre voyage ... 
Devinez laquelle !

Traversée Marquises Hawaii

Par Armelle


Un départ houleux pour les âmes de l’équipage
Je crois que jamais un départ ne fut plus pénible que celui des Marquises. Nous avons été comme ensorcelés par le pouvoir d’attraction de ses îles et les amitiés que nous y avons scellées n’ont pas aidés à rompre le champ. Les derniers jours sont toujours difficiles entre l’avitaillement et la préparation du bateau pour une nouvelle longue navigation à partager avec l’envie de profiter des derniers instants avec ceux que l’on va quitter. La météo, compatissante cette fois, nous laissera quelques jours de plus et c’est bien la première fois que la nouvelle sera bien accueillie par tous à bord.
Comme à l’accoutumée, dès le découvert de l’île de Nuku Hiva, le bateau dance en rythme avec nos estomacs et viendra renforcer le vague à l’âme de l’équipage. Nos pensées resteront aux Marquises encore quelques jours avec Nomanie, Ui, Dig Doug et Theofania avant de se tourner vers Hawaii. Notre destination se détourne des routes classiques du Pacifique. Habituellement les voiliers poursuivent leur route vers les Tuamotus, les îles de la Société puis encore plus à l’ouest pour atteindre la Nouvelle-Zélande avant l’automne prochain. Pour nous c’est plein nord direction l’Alaska via Hawaii pour redescendre ensuite le long des côtes américaines. L’originalité de cette boucle rend pour le moins incertaines ou lointaines les possibles retrouvailles avec les voiliers que nous quittons. Ils prennent dès lors une saison d’avance sur nous dans le Pacifique. Nous avions déjà connus cela en quittant les Caraïbes et par là même tous ceux qui ne passaient pas Panama. C’est la règle du jeu, partir, faire de nouvelles rencontres, se séparer, refaire des rencontres, se perdre de vue pour à nouveau se retrouver. C’est le tourbillon de la vie comme le chante si bien Jeanne Moreau avec ses parts de joie et de tristesse que pour l’heure nous apprécions moyennement. La consolation c’est que chaque jour passé en mer c’est aussi un petit pas vers la France. Non, non ! Nous ne sommes pas en plein délire géographique ! Seulement il faut vous préciser un récent projet échafaudé pendant notre séjour aux Marquises : par un heureux tour de passe-passe de quatre paires de main généreuses les vols Paris-Hawaii de nos parents, qui prévoyaient de venir nous y rejoindre, se sont transformés en vols Hawaii-Paris aux noms des quatre membres de l’équipage. Bon d’accord avouons le, l’idée a peut-être germée outre Amérique. Ainsi la perspective de bientôt revoir nos familles et amis de toujours, ceux que l’on quitte sans craindre de perdre à jamais et que l’on retrouve avec bonheur et simplicité viendra vite remonter notre baromètre intérieur.

Une traversée mouvementée
Evidemment lorsque l’on recherche l’originalité il ne faut pas s’attendre à trouver des routes faciles. Faire route au nord implique de serrer un peu plus les alizés. Et si les alizés on les aime bien présents lorsqu’ils sont portants, de travers on les préfère largement plus timides sinon c’est écoutilles fermés, 2 ris voire 3 dans la grand-voile et génois bien enroulé, sans oublier la houle qui vient chatouiller nos flancs jouant impunément au bilboquet avec notre coccinelle. On connait la chanson. Chacun va peu à peu se recroqueviller dans son p’tit coin. Gilles à la table à carte ou allongé dans le carré, toujours au vent, calé par une toile anti-roulis, peu confortable mais c’est sa préférence pour mieux sentir les mouvements du bateau et réagir au plus vite si nécessaire. Moi, au contraire, trop sensible au mal de mer je reste sous le vent, dans le carré, même la nuit car la couchette de notre cabine est trop grande pour pouvoir s’y caler quand le roulis est trop fort. Les filles quant à elles trouvent toujours un petit coin idéal où s’installer selon leurs activités. Elles comblent les places vacantes, parsèment de leurs jouets les surfaces libres, d’humeur égal elles s’accommodent de toutes les conditions et lorsque leur papa quitte quelques temps le carré pour la table à carte elles profitent du créneau pour se précipiter derrière la toile anti-roulis, chacune à sa manière. Camille, façon cabris, commence sa manœuvre en prenant appui sur les marches de la descente, puis un pied sur le plan de la cuisine, le suivant sur la table du carré et le dernier en prenant appui sur l’épontille pour finir en vol plané au dessus de la couchette, ce qui a le don de nous faire rager car les acrobaties de ce genre sont interdites en mer, comme tout autre activités à risque pour les côtes. Apolline a développé une tout autre technique, plutôt façon pingouin, plus en adéquation avec sa situation car privée de l’usage de ces bras encombrés par les nombreux doudous qu’elle porte. Elle amorce un lent et mesuré plongeon la tête la première dans la couchette, le ventre en appui  sur la toile anti-roulis, le corps en équilibre juste quelques secondes le temps que le prochain coup de gîte vienne achever la roulade. Quelques contorsions plus tard une petite tête toute ébouriffée jette une paire d’yeux rieurs par-dessus la toile des fois qu’un doudous soit resté du mauvais bord pendant la manœuvre.

Heureusement l’ensemble de la navigation se fera tribord amure… ? Pour ceux qui ignore ce jargon de marin, tribord amure ça veut dire que le vent vient de tribord et fait gîter le bateau sur son flanc bâbord. Vous imaginez qu’inévitablement tout ce qui est à tribord dans le bateau a soudainement envie de rejoindre l’autre bord. Après quelques vols planés de bricoles en tout genre, pas toujours correctement réceptionnés pendant les premières traversées, on commence à être au point sur le sujet, solutionné par quelques élastiques et bouts d’ficelle un peu partout. Là vous vous demandez mais pourquoi donc la préférence au tribord amure alors…mmh ? … non c’est pas la priorité dont on a que faire en pleine mer… Mais tout simplement parce-que nos prises d’eau de mer sont situés à bâbord et que dans le cas contraire on a plus d’eau de mer et qui dit plus d’eau dit plus de chasse d’eau ! Vous imaginez le tableau… Autre avantage du tribord amure c’est que nos seules équipets (petits placards) sont situées à bâbord donc au cas où le dernier rangement de l’équipet ait été fait un peu trop négligemment on ne risque pas de mauvaise surprise à l’ouverture.

Gilles qui consciencieusement fait régulièrement une petite ronde sur le pont pour inspecter tous les points structurels du bateau découvrira un matin un toron abîmé sur l’un des haubans. Par chance le temps s’est calmé et les conditions sont suffisamment bonnes pour grimper aux barres de flèche et doubler le hauban au cas où la situation s’aggravait avant notre arrivée. Je m’y colle. C’est plus simple car je suis la plus légère.  Quelques minutes plus tard, assuré par Gilles, je redescendrai, le visage un peu blanc, mais la mission accomplie.



Nous profiterons de ces quelques jours de calme pour sortir de notre léthargie forcée, remettre un peu d’ordre, aérer le bateau, se faire une petite toilette + une petite coupe de cheveux pour le Capitaine et refaire les pleins des vivres de la cuisine. Le reste de la traversée rimera avec ‘patience et longueur de temps’. Et dans ces moments là rien n’est plus réconfortant que de recevoir des petits mails de nos familles et amis. On en devient même accros … voir irritables quand la boite aux lettres est vide. Alors continuez ! Et merci à vous car on sait combien votre temps est précieux et n’a pas la même valeur que celui de nos traversées.
Autre réconfort : les belles performances qu’affiche notre compteur. Le bateau va vite et passe bien dans la mer. Sa cure d’amaigrissement draconienne opérée avant le départ est payante ainsi que pas moins de 3 heures de carénage en bouteille. Le travail est récompensé. On est content !

Nous abordons les iles à Hilo sur l’île de Hawaii communément appelées Big Island, la plus grande île de l’archipel, après 17 jours de mer, pour près de 2200 milles parcourues. Une belle performance ! Nous sommes le 12 avril, un samedi, de nombreuses pirogues et voiliers animent le plan d’eau du port Toute cette activité sur un fond de littoral très urbanisé ! Quel contraste avec les iles Marquises !


Par chance nous retrouvons un voilier, perdu de vue depuis les Gambier, grâce à qui le Capitaine ramènera quelques réjouissances culinaires (comprenez ‘hamburgers frites’) promis aux petits matelots du bord pour compenser les privations des derniers jours de mer. Le Capitaine seulement car tant que nous n’avons pas fait les formalités, l’équipage est consigné à bord (dur dur lorsqu’on arrive un samedi soir et que l’on doit attendre le lundi matin). 

jeudi 20 mars 2014

Une Cox aux Marquises

Par : Gilles et Armelle.














Fatu Hiva
















Comment décrire Fatu Hiva ? La Baie des Vierges ? Hanavave et les pics verdoyants qui entourent la baie de formes majestueuses et magistrales ? Nous avons eu la chance d’arriver en fin de journée, une heure avant que le soleil ne tire sa révérence, à cette heure unique à laquelle le décor s’anime car les artistes entrent en scène. Dans un paysage surréaliste s’illuminant des teintes les plus puissantes, les ombres soudain s’accélèrent et s’allongent avant de disparaître avec les derniers rayons de soleil.


Ce lieu est unique et son charme incroyable apparaît encore plus pour nous autres privilégiés qui avons la chance de le découvrir depuis la mer, et en privé puisque Coccinelle est seul au mouillage. Il y a bien un petit voilier mouillé juste à côté de nous, mutilé, il n’a plus d’étai, et son mât ne tient plus que par miracle. Son enrouleur de génois gît lamentablement comme un drapé épars sur le pont encombré, le taud bleu de son annexe n’est plus que charpie. Ce petit voilier qui bat pavillon Américain porte sur son pont les stigmates des violentes rafales qui inlassablement balaient la baie, attisées par les couloirs entre les pics et les sommets de l’île, qui accélèrent les vents d’alizé et leur font dévaler les pentes jusqu’à venir frapper Coccinelle qui alors tire sur son ancre, d’un côté puis de l’autre. Ces rafales sont fatigantes, épuisantes même. Elles perturbent le sommeil et apporte un tout petit bémol à la sérénité de cette nouvelle escale. Nous avons pourtant besoin de repos, car cette traversée depuis Hao s’est déroulée au près, contre la mer et le vent, au gré des grains qui souvent nous ont imposé de nombreuses manœuvres.




Nous avons passé deux jours à Fatu Hiva. Il y a 18 ans, lors de mon premier passage aux Marquises (Gilles), on utilisait encore beaucoup les Va’a traditionnels, des pirogues à balancier construites en contreplaqué sur une armature en bois, des coques en V propulsées par un moteur hors bord.


Même s’il en reste quelques unes à terre, elles ne sont, semble-t-il, plus utilisées et sont remplacées par de petites barques en aluminium, longues de quatre mètres en moyenne, très légères et qui sont de fait assez aisées à remonter à terre sur une remorque. Elles servent à la pêche mais aussi pour le transport entre les deux villages de l’île, Omoa, la capitale, à quelques milles au sud, et Hanavave où nous nous trouvons. Il existe bien une route, mais elle serpente sur les hauteurs de l’île et s’y faufile sur 14 kms environ, et il est plus simple d’utiliser le bateau.
Autre embarcation utilisée ici, le speed boat, pour les liaisons vers l’île principale du groupe sud des îles Marquises, Hiva Oa. Les Marquises se divisent en deux parties, le groupe nord, et le groupe sud. Fatu Hiva est l’île la plus méridionale de l’archipel et appartient donc au groupe sud, au même titre que Tahu Ata, et Hiva Oa donc. Le groupe nord est composé quant à lui de Nuku Hiva, de Ua Huka, et de Ua Pou. Voilà pour les présentations. Cinq à six cent personnes vivent à Fatu Hiva, réparties entre les deux villages.

Hanavave est constitué de petites maisons plutôt coquettes.


Ici aussi comme dans beaucoup d’autres lieux en Polynésie, l’outil roi est la débroussailleuse. Pas un jardin, pas une banquette où le son de son moteur deux temps ne trouble la quiétude du village. La coquetterie des lieux est à ce prix. Déjà qu’en France Métropolitaine, quand vient le printemps le jardinier rouspète parce qu’après deux gouttes de pluie et trois rayons de soleil la pelouse a déjà pris de l’embonpoint et qu’il faut la tondre tous les 5 jours, alors imaginez ce que ca peut donner ici, à la limite entre tropiques et équateur, avec une température moyenne de 30°, et sous des pluies plutôt généreuses ? Longue vie à la débroussailleuse.


Tandis que nous marchions dans la rue (et oui, il n’y en a qu’une, comme ça pas besoin de demander son chemin), une femme nous aborde, la magie se produit. Voulez-vous des fruits pour les enfants ? Alors arrive Henri son mari, vêtu d’un short de foot et torse nu, il nous fait signe de rentrer et ensemble nous allons sous le citronnier faire provision. Le sac se remplit aussi de pamplemousses et, pour faire bonne mesure, un régime de bananes vertes vient compléter le chargement. Et en route pour la joie ! Les fruits sont si rares aux Tuamotu ! Henri est Mangarévien, évidemment on parle de Rikitéa, des Gambier. Pour préciser les choses, les Gambier sont à 2.000 kms d’ici. En gros, la distance qui sépare Saint Brieuc de Casablanca, au Maroc. Entre les deux, rien, l’Océan Pacifique, avec ici et là quelques atolls épars, parfois inaccessibles et inhabités.
La semaine prochaine, mais nous y reviendrons plus tard, va se tenir à Ua Huka le Festival des Arts des îles Marquises. L’épouse d’Henri travaille depuis une semaine à la réalisation de l’un des costumes que portera son fils à Ua Huka où a donc eu lieu cette année un mini festival. Le costume est magnifique, entièrement naturel. L’épouse d’Henry nous en explique tous les secrets. Le costume est peint avec des motifs marquisiens souvent issus de dessins de tikis (représentation de divinité ou des premiers hommes). Le reste : ceinture, franges, collier, couronne et accessoires sont fabriqués à partir de fibres, de feuilles ou de graines des différentes espèces d’arbre courantes comme le cocotier, le pandanus ou le banian et également d’ossements… de cochon ou de bœuf.



La particularité des costumes de Fatu Hiva c’est le tapa : une étoffe faite à partir d’écorce d’arbre, frappée sur des pierres plates et rincée abondamment à l’eau citronnée, avant d’être séchée. Ce savoir faire ancestral a disparu des autres îles de l’archipel, mais il perdure ici à Fatu Hiva. Meralda Warren, que j’étais allé chercher à Pitcairn en novembre dernier avant de l’y ramener une semaine plus tard, travaille elle aussi le Tapa. Elle projetait d’ailleurs de venir à Fatu Hiva, afin d’y partager ce savoir-faire. Mais rien n’est moins simple que d’aller de Pitcairn à Fatu Hiva, à moins d’avoir un voilier : les deux îles, distantes d’un peu moins de 2000 kms, une paille à l’échelle du Pacifique, sont toutes deux dénuées de port ou d’aéroport. Depuis Pitcairn, il faut prendre le Claymore II, qui dessert l’île du dernier voyage de la Bounty quatre fois par an, jusqu’à Mangaréva. De là, quatre heures d’avion conduisent à Tahiti, où il faudra prendre un autre avion qui en quatre heures de vol vous conduira jusqu’à Hiva Oa, aux Marquises, l’île où reposent Jacques Brel et Paul Gauguin. Et de là, il faut emprunter un bonitier, ou un speed boat, qui en quelques heures desservira Fatu Hiva. Pour rentrer, même punition, sauf qu’il faudra attendre le retour du Claymore II, trois mois plus tard…

Le lendemain nous reviendrons avec un gâteau encore tout chaud, soucieux de respecter la tradition de la réciprocité du cadeau… mais nous repartirons encore avec un sac plein de fruits. Puis de retour d’une baignade dans la rivière nous sommes gentiment hélés par une vieille femme qui, d’un air soucieux, nous demande si nous connaissons la mécanique. Un moment d’hésitation puis le visage du Capitaine s’illumine lorsque la femme précise qu’il s’agit d’une machine à coudre devenue capricieuse. Et nous voilà embauchés pour la fin de journée, Gilles à la machine, moi à défaire les coutures d’un costume qui doit être prêt pour demain matin pour le spectacle de fin d’année de l’école de ses petites filles, pendant que les filles jouent dans le jardin au milieu des poules, des chats et des cochons. Le lendemain la nouvelle s’est vite répandue qu’un popa’a a réparé une machine à coudre et voilà Gilles devenu, malgré lui, le spécialiste sur la place.
Nous comprendrons vite que Fatu Hiva est une île très isolée par rapport au reste de l’archipel. Son économie est peu florissante. La principale source de revenus, la récolte de nonni, a décliné récemment. Ses habitants se contentent de peu et attendent le voilier de passage comme la providence en profitant de l’occasion pour tenter de vendre un peu d’artisanat ou de faire du troc. Toutes les compétences sont les bienvenues. Ne rien jeter car ici tout se récupère et trouvera une seconde vie.


Nous ferons ensuite une brève escale à Tahuata. Le temps nous manque pour aller voir les dauphins et les raies dans les mouillages du nord, ce sera pour la prochaine fois. Nous nous reposons deux jours dans la baie de Hanateio, juste le temps d’avoir envie d’y retourner.



Le Festival des Arts sur l’île de Ua Huka, dans les îles du nord, commence dans 3 jours et nous avons encore 75 milles à parcourir.


Le Festival des Arts






Depuis 25 ans, cette manifestation rassemble en alternance dans chacune des six îles de l’archipel tous les artistes, danseurs, musiciens, sculpteurs et tatoueurs marquisiens. Tous les quatre ans, la manifestation a lieu alternativement dans chacune des trois îles les plus peuplées, Hiva Oa, Ua Pou, et Nuku Hiva. Ces grands festivals s’ouvrent au monde. Des troupes de Hawaï, Samoa, Alberta au Canada, Rapa Nui, sont régulièrement invitées. Et alternativement tous les quatre ans, deux ans après donc, a lieu un mini festival, dans les îles les moins peuplées, Fatu Hiva, Tahu Ata, et Ua Huka. A l’inverse du Heiva qui est un concours, le Festival des Arts n’est pas un concours, mais une représentation. Cette année c’est un mini festival et c’est au tour de Ua Huka de l’accueillir.



Nous abordons l’île le 16 décembre et nous précipitons à travers l’étroit passage qui ferme la baie de Vaipaee. Par chance seul un voilier occupe la place car tous les autres (pas moins de 25 voiliers !) ont préféré mouiller dans la baie voisine, plus large mais houleuse et au débarquement délicat. Nous occuperons donc la seule place restante, mouillés sur deux ancres afin de ne pas gêner les allers et venues des bonitiers de chacune des délégations des différentes îles de l’archipel venues participer au festival. A chacun de leur débarquement nous serons aux premières loges d’un joyeux spectacle, rondement mené au son des pahu, les grands tambours marquisiens.

Un p’tit brin de ménage sur le bateau s’impose, accompagné d’un dépouillage des restes de Hao car nous nous préparons à recevoir Hervé et Francine venus de Nuku Hiva où ils ont laissé leur bateau,pour assister au festival. Situé sur les hauteurs de l’île, le cadre où se déroule le festival est idyllique, face à la mer, au beau milieu de vallons désertiques, où on aperçoit de temps à autres des cavaliers.


Le festival accueille plusieurs centaines de marquisiens, venus de tout l’archipel pour partager et faire revivre leur art. Bien que le festival existe depuis 1998, la manifestation reste encore très intime. Seul les plaisanciers de passage et les touristes de l’Aranui, un cargo mixte qui avec le Taporo dessert les Marquises, sont présents, si bien qu’ils restent inférieurs en nombre aux participants. Cela procure le sentiment d’être des privilégiés devant un spectacle unique et rare, qui semble resurgir du fond des âges.



Chacune des danses opérées par les troupes reprennent les thèmes fondamentaux des anciennes traditions marquisiennes : la danse du cochon célèbre l’abondance des biens, celles de l’oiseau, l’entrée dans l’âge adulte des jeunes filles. Le tamanu, doux et lancinant, raconte de vieilles légendes marquisiennes. D’autres, comme le  haka, exclusivement masculin, miment avec talent (à faire pâlir les popa’a, et rire les enfants marquisiens) les affrontements guerriers entre peuples de différentes vallées. Chaque jour nous reviendrons à bord le cœur plein d’émotions, accompagnés par Apolline et Camille poussant des cris rauques et caverneux : « Hou Yèè ! Ho Ho Haaa ! », genoux fléchis en se tapant les cuisses, le rythme des percussions vibrant encore dans nos oreilles.



Le dernier jour, un immense kaï kaï (festin collectif) vient clore ses trois jours de fête. Chaque délégation a préparé, uniquement à partir de ce qu’offre la nature, des mets composés de gibiers ou de crustacés, agrémentés de po’e de bananes, de uru et de patates douces, enveloppés dans des feuilles de bananier et disposés sur un lit de pierres volcaniques incandescentes placées au fond d’un trou. Le tout est ensuite recouvert de feuilles puis de sable pendant plusieurs heures. C’est la recette du four marquisien (ou tahitien)! Servi sur une feuille, au creux d’une demi-coco ou d’un demi-tronçon de bambou, dans un cadre entièrement décoré de tressage végétal. A déguster arrosé d’un lait de coco râpé. Il est fortement déconseillé de quitter la Polynésie avant d’avoir essayer, c’est savoureux ! Une extraordinaire communion entre les hommes et la nature!




Nuku Hiva



Dès la fin du festival nous filons vers Nuku Hiva, les fêtes de Noël approchent et nous avons hâte de réceptionner les colis que nos familles nous ont envoyés. Une énorme bouffée de réconfort pleines de délicates attentions qui vient combler le manque de liens familiaux pendant les fêtes. Heureusement nous retrouvons un second souffle avec de nouvelles rencontres et la rentrée des classes.


Taiohae étant la capitale des Marquises, les services et les activités sont nombreux, bon nombre de voiliers ont fait le même choix que nous pour y faire une longue escale. Et pour le bonheur des filles on dénombrera jusqu’à 10 bateaux famille dans la baie ! Qui a dit que le tour du monde en voilier était réservé aux retraités ? Et chose incroyable la tranche d’âge des 5-10 ans est nombreuse et exclusivement féminine !



Nous reprenons le rythme de vie que nous avions quitté aux Gambier : sédentaires la semaine avec des journées calées sur le rythme scolaire des filles, et robinsons le week-end en allant découvrir les vallées de l’île, dont certaines ne sont accessibles que par voie maritime.





Grâce à Jean notre ‘peperu’ (barreur ‘piroguier’), nous prenons l’habitude d’aller ramer tous les soirs dans la baie en pirogue polynésienne, le Va’a, à 6 places, qu’on appelle un V6 ; il existe aussi des V1, et des V3.



Grâce à Henri, le tenancier du bar du p’ti quai, le Snack Vaeki, nous avons un QG où boire un café, se tenir au courant des dernières infos, se connecter à internet ou se faire des soirées ukulélé ou projection de film. Et grâce à toutes ces brèves rencontres dans les vallées nous découvrons l’autre visage du marquisien, celui qui le week-end troque son 4X4  contre un cheval, ou la pirogue et son Vini (téléphone portable), contre la machette et redevient un homme libre qui chasse, pêche et cueille en oubliant ses récents reflexes consuméristes. 




Nuku Hiva, comme toutes les autres îles de l’archipel, regorge de vestiges de sites anciens dont certains ont été restaurés. Lors de chacune de nos ballades, nous en avons fait la découverte, nous projetant ainsi dans le passé ; des temps anciens que les premières expéditions de Cook ou Bougainville, ou encore l’équipage de la Bounty, ont pu découvrir ; un temps où les crêtes entre vallées représentaient des frontières naturelles entre différents peuples guerriers dont les affrontements se terminaient souvent par un rituel culinaire… du côté des vainqueurs (le plus adroit au casse-tête !).



Aujourd’hui seule la chasse au cochon dans les montagnes rappelle encore cette coutume que les marquisiens évoquent toujours sans complexe et avec humour. Mais attention ce droit leur est réservé ! Lors d’un séjour dans la baie de Hakawi, Gilles a pu accompagner Teiki à la chasse, alors que les chiens avaient flairé la piste d’un gros bouc sauvage. Si certains chassent avec une arme à feu, d’autres chassent à mains nues. L’animal est pisté par les chiens, qui finissent par l’épuiser et l’immobiliser. « Nous sommes alors arrivés avec une corde terminée par un nœud coulant passé à l’extrémité d’une perche en bois, rapidement réalisée par la machette de Teiki. Le nœud coulant est venu enserrer les cornes de l’animal que nous avons ensuite rapporté dans la vallée, où il a été saigné. »

Nulle part ailleurs depuis le début de notre voyage nous n’avons rencontré un peuple avec une culture aussi forte, à l’image de leurs îles qu’ils appellent Henua Enana : Terres des Hommes. Une terre qui peut paraître inhospitalière par son relief mais dont les vallées verdoyantes parce qu’alimentées par des rivières abondent de biens naturels.




Autres particularités de la culture marquisienne : le tatouage. Interdit à l'époque des missionaires, cette tradition très codifiée à l'époque avait complètement disparue. Depuis quelques années elle retrouve une seconde naissance et bon nombre de voyageurs succombent à la tentation de rapporter un souvenir permanent sur l'épiderme. Avons-nous succomber ? Vous verrez bien !



Les eaux Marquisiennes sont riches d’êtres vivants et notamment de plancton qui attire toute une chaine alimentaire, jusqu’aux plus gros des spécimens : raie Manta, requins et orques. Malheureusement (ou heureusement !) la plupart d’entre eux restent invisibles, tellement la soupe primitive est épaisse. Dans la baie de Taiohae, la visibilité sous l’eau ne dépasse pas 50 cm ! Autant dire qu’avec la quantité de requins divers, marteau, gris, tigre et même citron, nous avons rapidement abandonné l’idée de nous baigner autour du bateau. Autre rencontre imprévisible mais indésirable : les nonos. Silencieux, invisibles par leur taille minuscule et… terribles par leur piqûre infectieuse ! Le dos du Capitaine en fera les frais dans la baie d’Anaho. Autre inconvénient de cette abondance de vie aquatique qui trouve dans cette eau à plus de 30 degrés les conditions nécessaires à son développement : son attirance particulière pour la surface mouillée de notre pauvre Coccinelle ; idéale pour y venir nicher car les places vacantes sont chères. Les colonies amatrices sont sur le pied de guerre et reviennent inlassablement, ne laissant que peu de répit au plongeur entre les carénages. On baisse la garde quelques jours et on aperçoit déjà des crabes qui remontent le long de la coque.


Ua Pou













Nous avons profité des vacances scolaires de février pour aller visiter l’ile de Ua Pou. Un coup de cœur pour ses montagnes qui, quelque soit le rivage par lequel on les aborde, nous offrent un bouquet de pics volcaniques sur un socle verdoyant, évoquant un château de fée au pays des elfes et des ogres, digne d’un décor des histoires de Tolkien.



Et comme à chaque fois qu’on se sent bien dans un endroit le temps file à toute vitesse. Nous nous préparons déjà pour notre prochaine traversée vers Hawaii. Nous quittons les Marquises sans en avoir découvert tous les secrets mais avec la promesse consolante d’y revenir la saison prochaine, après avoir pointé notre étrave vers l’Alaska, la Colombie Britannique, puis la Californie. So long……